Cigarettes : à quand les images dissuasives ?

Annoncées pour la fin 2009 par le ministère de la Santé, les images chocs sur les paquets de cigarettes, exigées par une directive européenne, tardent à s’appliquer en France, remarque Le Monde d’hier (page 21). Plusieurs pays de l’Union européenne, dont la Belgique, le Royaume-Uni et la Finlande, ont déjà mis en oeuvre cette directive. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que "les mises en garde comportant des illustrations des préjudices causés par le tabac sont particulièrement efficaces".

Un avis partagé par Karine Gallopel, chercheuse en marketing social à l’université de Rennes I, auteure d’une étude sur le sujet. "Les images qui marquent le plus une majorité d’individus sont celles qui suscitent des émotions négatives et engendrent peur et dégoût, explique l’universitaire. Montrer des images représentant les conséquences désastreuses, directes ou indirectes, du tabac sur la santé, par exemple de malades atteints du cancer du poumon ou une plaie provoquée par une tumeur liée au tabagisme, serait l’arme la plus efficace pour faire baisser le nombre de fumeurs et ne pas encourager les jeunes à prendre leur première cigarette."

Pourquoi la France tarde-t-elle à appliquer cette stratégie de prévention ? Le blocage viendrait-il des cigarettiers ? "Il est clair que cela coince de ce côté-là", selon Karine Gallopel. La directrice du Comité national contre le tabagisme (CNCT), Emmanuelle Béguinot, partage cet avis : "Le gouvernement, aux prises avec le lobby très puissant des industriels et des buralistes, cherche sans doute à gagner du temps." "Les avertissements visuels sont inscrits dans le Plan cancer 2 et font partie d’un traité très contraignant, la convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, que la France a ratifié en 2004", précise la responsable du CNCT. "Rien n’aurait dû empêcher que les visuels soient déjà apposés sur les paquets de cigarettes vendus en France", ajoute-t-elle. Interrogé sur le sujet, le ministère de la Santé minimise ce retard : "Nous sommes dans la phase d’ajustements techniques pour une publication dans le courant de l’année 2010."

Par ailleurs, le journal La Croix (page 16). indique qu’une vaste étude de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) vient d’être lancée pour "mesurer l’intérêt d’une prise de substituts nicotiniques durant la grossesse" ainsi que l’influence sur le poids de naissance du bébé (www.snipp.fr).

Grogne des médecins
"La guérilla tarifaire des médecins libéraux s’étend", constatent Les Echos (page 3). Après MG-France, c’est au tour de la CSMF d’appeler les généralistes à augmenter le tarif de leur consultation de 1 euro, pour le passer à 23 euros.

La CSMF lance aujourd’hui un "compte à rebours", qui expire lundi prochain. C’est ce jour-là que doit entrer en vigueur le règlement arbitral qui régira les relations entre les médecins libéraux et la Sécurité sociale, "faute d’avoir trouvé un accord conventionnel en janvier", rappellent Les Echos. L’arbitre, Bertrand Fragonard, doit soumettre son projet de règlement à la ministre de la Santé.

"Si le tarif de consultation des généralistes n’est pas revalorisé dans le règlement arbitral, nous dirons à tous les médecins de prendre unilatéralement ce qui leur est dû", menace Michel Chassang, président de la CSMF, qui promet toutefois de "tenir compte des difficultés financières de certains patients".

Les Echos notent que la majorité a changé de ton à l’égard des médecins, depuis sa défaite aux élections régionales. Jean-François Copé plaide pour "un discours plus positif" à l’égard des médecins libéraux, "beaucoup plus fragilisés qu’on ne le croit". La décision de l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (Uncam) de repousser à 2011 l’entrée en vigueur de la contribution forfaitaire réclamée pour chaque feuille de soins papier, va également dans le sens de l’apaisement avec les médecins, souligne Le Quotidien du médecin de vendredi (page 3).

John Sutton