Chirurgiens libéraux : dérapage verbal incontrôlé

Ambiance visiblement très tendue, samedi, dans l’historique faculté de médecine de la rue des Saints-Pères, à Paris. Comme le rapporte Libération (page 16), les 1.300 chirurgiens libéraux venus de toute la France ont profité de l’assemblée générale de l’Union des chirurgiens de France (UCDF) pour manifester bruyamment leur opposition au projet de création du secteur optionnel, qui permettrait de limiter les dépassements d’honoraires. Au total, le ministère de la Santé estime à 2 milliards par an le montant des dépassements des médecins, sur les 18 milliards d’honoraires versés.

L’opposition des praticiens libéraux a pris la forme d’un défoulement collectif lorsque les portraits de quelques personnalités ont été projetés dans la salle. Ainsi, raconte Eric Favereau, la photo du président de la Mutualité française a été conspuée par le public et des injures peu glorieuses ont fusé. Même traitement pour la ministre de la Santé et quelques députés. Intervenant à la tribune, le Pr Guy Vallancien, chirurgien à l’Institut mutualiste Montsouris (IMM), à Paris, s’est quant à lui fait traiter de "collabo" et de "traître".

En première ligne de la colère des chirurgiens se trouve "le secteur optionnel, que propose l’assurance maladie et que soutient la ministre de la Santé", explique le quotidien. Ce secteur, rappelle-t-on, est destiné aux spécialistes de secteur 2 exerçant en plateau technique lourd, chirurgiens, anesthésistes, gynéco-obstétriciens. Ceux d’entre eux qui entreraient dans le nouveau dispositif renonceraient à leur liberté tarifaire mais pourraient recevoir des compléments d’honoraires, plafonnés sur la base du tarif conventionnel.

"La situation des chirurgiens libéraux est, il est vrai, compliquée, sans être pour autant dramatique", écrit Eric Favereau. Certains actes n’ayant pas été revalorisés "depuis une vingtaine d’années", ils ont recours aux dépassements d’honoraires pour compenser. Résultat : si l’on excepte les 800 chirurgiens libéraux qui exercent en secteur 1, "tous les autres ont des revenus mensuels autour de 6.000 à 9.000 euros". La création du secteur optionnel devrait aboutir "à terme" à "la fin à l’existence du secteur 2", écrit le journaliste. "D’où cette hache de guerre à nouveau déterrée."

Les chirurgiens appellent à un arrêt des interventions non urgentes pour la semaine du 13 au 19 octobre, annoncent Les Echos (page 6). Mais dès aujourd’hui, indique Libération, les chirurgiens vont entreprendre une démarche - sans doute symbolique - de déconventionnement auprès de l’assurance maladie.

Cataracte : la Cnam pointe des disparités
La chirurgie de la cataracte doit être reprise en main. C’est la conclusion de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) à l’issue d’une enquête qu’elle vient de mener sur cette opération qui a concerné en 2006 quelque 560.000 personnes, pour un coût de 880 millions d’euros.

Selon l’assurance maladie, rapporte Le Figaro (page 14), "la disparité des pratiques, des niveaux d’activité des établissements et de recours à la chirurgie ambulatoire (...) ainsi que la variabilité du nombre de patients opérés selon les départements, justifient une réorganisation de ce secteur".

Dans le détail, sur les 706 établissements qui pratiquent l’opération, 469 sont privés et 237 publics. Les disparités sont élevées : ainsi "189 centres opèrent plus de 1.000 malades par an, 310 en font moins de 500 et une trentaine d’hôpitaux ou cliniques en réalisent moins de 50".

En ce qui concerne le recours à la chirurgie ambulatoire, la géographie apparaît comme une variable importante. La cataracte est en effet opérée sans hospitalisation pour 4% des malades dans le Cantal, contre 94% dans les Alpes-de-Haute-Provence. De façon générale, on opère d’ailleurs davantage dans le Sud-Ouest, sur l’Atlantique ou sur la côte méditerranéenne que dans le Nord. Pour la Cnam, "ces différences prouvent que l’organisation de l’offre de soins mériterait d’être améliorée. Les interventions pourraient être réservées aux établissements qui la pratiquent régulièrement".

Frédéric Lavignette