Cannabis thérapeutique : les médecins partagés

Le tribunal de Belfort doit se prononcer aujourd’hui sur le cas d’un patient myopathe, poursuivi pour "usage et détention" de cannabis. "Je ne demande pas qu’on légalise le cannabis, qui reste une drogue. Mais qu’on tolère son usage thérapeutique, sur ordonnance, pour les malades", explique-t-il dans La Croix (page 7), faisant valoir que seul le cannabis parvient à le soulager.

La décision de justice est très attendue, car la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a récemment demandé à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) d’examiner la demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM) du Sativex®, un spray buccal à base de dérivés du cannabis, déjà utilisé dans plusieurs pays européens. "L’autorisation du Sativex® serait un bon moyen d’ouvrir le débat sur le cannabis thérapeutique, car pour l’instant, tout est encore verrouillé sur le sujet" constate, dans La Croix, le Dr Bertrand Lebeau, addictologue à l’hôpital de Montfermeil (Seine-Saint-Denis).

Alors que l’usage médical du cannabis est autorisé dans de nombreux pays européens (Pays-Bas, Espagne, Italie, Allemagne, Royaume-Uni) ainsi qu’au Canada, en Australie et dans plusieurs Etats américains, la France reste réticente à cet usage. Ces dernières années, plusieurs études de bon niveau ont pourtant "montré que les traitements à base de cannabinoïdes pouvaient avoir un effet intéressant dans plusieurs situations", indique le Pr Michel Reynaud, président du Collège national universitaire des enseignants d’addictologie.

"Fumer du cannabis à des fins thérapeutiques n’a aucun sens", affirme pour sa part le Pr Pier Vincenzo Piazza, directeur d’un centre Inserm sur les neurosciences, à Bordeaux dans Le Figaro (page 11). Mais, reconnaît également ce chercheur, "on sait que les cannabinoïdes […] ont des propriétés intéressantes : analgésiques, anti-inflammatoires, stimulateurs d’appétit etc…". D’autres praticiens, souligne La Croix, sont en revanche franchement hostiles à l’usage médical du cannabis, qui est à leurs yeux "un moyen déguisé pour arriver à sa dépénalisation"

Retraite complémentaire : ça passe ou ça casse
Rétablir l’équilibre financier des régimes de retraite complémentaires : c’est l’enjeu de l’ultime séance de négociation qui se tient aujourd’hui au siège du Medef, entre les organisations patronales et syndicales. Les partenaires sociaux, qui gèrent ces régimes, n’étaient pas parvenus à un accord lors d’une précédente "dernière" séance, le 7 mars. Le temps presse car le déficit des régimes de retraite complémentaire Agirc et Arrco pourrait atteindre 5 milliards d’euros à la fin de l’année et doublerait d’ici à la fin 2017 si rien n’était fait d’ici là, estiment Les Echos (page 4). Depuis trois ans, les régimes piochent dans leurs réserves pour payer les pensions, mais ce "trésor de guerre" pourrait s’épuiser d’ici à la fin de la décennie, poursuit le quotidien.

Si les négociations sont tendues, c’est aussi parce qu’elles concernent l’évolution du pouvoir d’achat des retraités, souligne Le Parisien/Aujourd’hui (page 10). "Pour un ouvrier, la retraite complémentaire représente 30% de la pension qu’il perçoit. Pour un cadre, c’est 70 %", rappelle, dans ses colonnes, un proche du dossier. Les discussions achoppent sur plusieurs points. Le Medef propose notamment que les pensions soient désindexées partiellement de l’inflation pendant trois ans, notent Les Echos. Ce qui équivaudrait, ajoute Aline Gérard dans Le Parisien/Aujourd’hui, à "une mini-hausse de seulement 0,75 % dès avril, au lieu du 1,75 % prévu". Un effort supplémentaire serait en outre demandé cette année aux anciens cadres affiliés à l’Agirc.

Parallèlement, les cotisations des deux régimes seraient augmentées. Le patronat suggère d’augmenter le "taux d’appel", ce qui revient à faire cotiser davantage employeurs et salariés, mais n’ouvre pas de droits supplémentaires à la retraite. C’est là le principal point de blocage de la négociation. Les cinq syndicats préfèrent quant à eux une hausse du "taux contractuel" qui lui, ouvre des droits. "Le Medef doit accepter la demande unanime des organisations syndicales et il faudra que cette hausse soit significative", prévient Eric Aubin de la CGT dans Les Echos. Seule la CFDT ne fait pas de cette question un point non négociable. "Trois années de revalorisation moindre que l’inflation, c’est demander un effort trop important. Deux ans, ce serait déjà moins dur", estime néanmoins Jean-Louis Malys, son secrétaire national en charge des retraites.

Les partenaires sociaux parviendront-ils à un accord ce soir ? C’est "possible, car la plupart des négociateurs n’ont pas intérêt à échouer", espère un membre du gouvernement. Dans le cas contraire, les pensions seront revalorisées le 1er avril en fonction de l’inflation.

John Sutton