Cancer : la triple peine des travailleurs défavorisés

Pénalisées face au risque de cancer, les catégories socioprofessionnelles les moins favorisées le sont aussi en matière de prise en charge médicale de la maladie et de conséquences sur l'emploi. C'est le constat que fait le magazine Santé & Travail dans son numéro d'avril.

Le cancer est un révélateur puissant des inégalités sociales ! C'est ce que montre le magazine Santé&Travail dans son numéro d'avril. Ce trimestriel édité par une union de groupe mutualiste publie un article sur la "triple peine" en matière de cancer des catégories socioprofessionnelles défavorisées.

Ces travailleurs cumulent en effet un risque plus important de développer un cancer, une prise en charge médicale inférieure et un maintien dans l'emploi souvent géré "a minima".

Santé & Travail s'appuie sur treize études récentes, menées par des équipes d'épidémiologie et de sciences sociales. Toutes mettent en évidence que le cancer est un des domaines de la santé où les inégalités sociales sont les plus marquées.

Les femmes peu diplômées sont plus touchées
"On observe chez les hommes, en France, de fortes inégalités sociales de mortalité, en particulier pour les cancers du poumon et des voies aéro-digestives supérieures", constate Santé&Travail. Ces inégalités sont moins marquées chez les femmes. Mais jusqu'à quand ?

"Les risques de cancer de l'utérus, du poumon et de l'estomac sont plus élevés chez les femmes les moins diplômées", relève le magazine. Point d'attention particulier : le cancer du sein. Il y a peu de temps encore, il était plus fréquent parmi les catégories sociales élevées. "Cette association a maintenant disparu", signale Santé & Travail.

Les femmes sont également de plus en plus exposées aux cancérogènes au travail. Sont incriminés des produits chimiques mais aussi le travail de nuit. "Les femmes ayant travaillé pendant leur carrière au cours de nuits complètes ont un risque augmenté de cancer du sein de 40% par rapport à celles qui n'ont jamais travaillé de nuit", précise Santé & Travail.

Prise en charge médicale et maintien dans l'emploi "a minima"
Diagnostic tardif, moindre recours aux spécialistes, moins de traitements dans des centres spécialisés : la qualité de la prise en charge médicale du cancer est moins bonne pour les catégories les moins favorisées.

Il en va de même pour le maintien dans l'emploi. "Les chances d'exercer une activité professionnelle deux ans après la survenue de la maladie continuent d'être très altérées", note Santé&Travail.

Les personnes en contrat de travail précaire et les catégories socioprofessionnelles défavorisées sont encore les plus touchées. "28 mois après le diagnostic de cancer, une femme sur cinq n'a plus d'emploi", déplore Santé & Travail.

Ghislaine Trabacchi