Cancer du col de l’utérus : vaccination ou pas ?

La France dispose de deux vaccins contre le cancer du col de l'utérus : le Gardasil® des laboratoires Sanofi-Pasteur et le Cervarix® de GlaxoSmithKline. Mais Le Figaro du 29 août 2008 rapporte les interrogations du New England Journal of Medicine, une revue médicale de référence, sur cette vaccination. Le débat scientifique sur les avantages et les limites de ces vaccins justifie que les femmes ne délaissent pas le dépistage du cancer du col de l'utérus par le frottis.

Depuis le début de l’été, deux vaccins sont désormais disponibles en France contre le cancer du col de l’utérus : le Gardasil® (Sanofi-Pasteur) et le Cervarixl® (GlaxoSmithKline). La vaccination est notamment recommandée aux jeunes filles avant le début de leur vie sexuelle. Elle vise à les protéger d’une infection par certaines souches d’un papillomavirus, responsables de 70% des cancers du col de l’utérus.

Dans sa dernière livraison, The New England Journal of Medicine, une revue médicale de référence, pose des questions "auxquelles ni les industriels, ni les agences sanitaires ne peuvent répondre", rapporte Jean-Michel Bader dans Le Figaro (page 9). Tout d’abord, écrit-il, personne ne sait si "à la fin de leur vie, les toutes jeunes filles vaccinées auront évité, ou non, un nombre de cancers du col, ni si la mortalité de ce cancer aura été réduite par ce vaccin". Interrogé par Le Figaro, GlaxoSmithKline reconnaît qu’il faudra "des décennies, sur des centaines de milliers de femmes pour le savoir".

Autre question : le temps de protection du vaccin. "L’un des vaccins continue, six ans après les premières vaccinations, à procurer un fort taux d’anticorps", rappelle Le Figaro. Pour leur part, les médecins de Sanofi-Pasteur ne connaissent pas la durée exacte de protection. Toutefois, "s’il ne protège ne serait-ce que dix ans, ce ne sera pas un échec", font-ils observer.

Enfin, dans la mesure où cette vaccination ne concerne que certaines souches du papillomavirus, "n’y a-t-il pas un risque de créer une pression de sélection qui fasse surgir d’autres virus contre lesquels le vaccin est inefficace ?", s’interroge ce quotidien. Autrement dit une résistance au produit. Chez GlaxoSmithKline, on répond en parlant simplement d’un "risque théorique réel".

Au final, quelle place accordée au dépistage classique du cancer du col de l’utérus, selon la méthode éprouvée du frottis ? The New England Journal of Medicine s’inquiète que certaines femmes vaccinées abandonnent cet acte de prévention en se croyant - à tort - protégées à 100%. De quoi rester prudent, malgré les campagnes en faveur de la vaccination lancées à la télévision pour un des fabricants...

Jean-Michel Molins