Cancer de la plèvre : les projets prometteurs soutenus par la Fondation de l’avenir

Le mésothéliome, encore appelé cancer de l’amiante, résiste aux traitements. A Caen, une équipe de chercheurs soutenue par la Fondation de l’avenir développe des techniques innovantes pour améliorer leur efficacité. Leurs travaux ont été présentés le 8 octobre à l’occasion du lancement de la deuxième campagne "Urgence cancer !" de cette fondation.

C’est en Normandie, région particulièrement touchée par le mésothéliome malin, une forme très grave du cancer de la plèvre, que la Fondation de l’avenir a donné le 8 octobre, à Caen, le coup d’envoi de la deuxième édition de sa campagne "Urgence cancer !". Ce même jour, était organisée une conférence intitulée "Cancer de l’amiante : améliorer l’efficacité des traitements". A cette occasion, des professionnels de santé et des chercheurs ont présenté leurs travaux, qui bénéficient du soutien de la Fondation de l’avenir depuis 2005.

Jusqu’au 8 décembre, la Fondation de l’avenir souhaite ainsi sensibiliser le public pour collecter des fonds destinés à soutenir des projets de recherche prometteurs. "La Fondation de l’avenir a été la première à apporter un financement à deux projets de l’équipe caennaise impliquée dans les traitements de cancers localement agressifs", indique son directeur, Dominique Letourneau.

Même si l’utilisation de l’amiante a été interdite en France en 1997, il faut savoir qu’un délai de latence de trente à quarante ans sépare l’exposition à cette fibre minérale du déclenchement de la maladie. D’ici à 2030, entre 50.000 et 100.000 personnes pourraient être atteintes d’un mésothéliome. "Mais en Inde et en Russie, où cette matière n’est pas interdite, il pourrait à l’avenir y avoir une explosion de la maladie", s’alarme le Pr Philippe Icard, responsable du service de chirurgie thoracique au centre hospitalier universitaire de Caen.

Priver les cellules de glucose
Le Pr Philippe Icard et le Dr Laurent Poulain exercent au sein de l’équipe en charge des thérapies innovantes des cancers localement agressifs (Bioticla) du groupe régional d’études sur le cancer (Grecan). Ils travaillent actuellement sur deux pistes de traitement du cancer de l’amiante et du cancer des ovaires. Ces deux cancers ont la particularité d’être "chimiorésistants". En d’autres termes, les produits administrés pour provoquer la mort des cellules cancéreuses n’ont pas l’effet escompté.

Première piste explorée par Philippe Icard : priver la cellule cancéreuse de sa source d’alimentation. La cellule malade consomme en effet une très grande quantité de glucose pour se développer. En la coupant de cette ressource par l’administration d’un produit, l’objectif est d’interrompre la prolifération des cellules cancéreuses et entraîner leur dépérissement.

Testée avec succès dans des boîtes de culture, cette solution a ensuite été vérifiée sur des animaux. "Un mésothéliome humain a été greffé à des souris. Leur durée de survie a été doublée", explique Philippe Icard. Autre résultat positif : "Quand cette privation d’alimentation est couplée à la chimiothérapie, celle-ci devient plus efficace", note-t-il. Cette expérimentation doit désormais être réalisée en situation réelle. "Avant de démarrer cette étape, nous devons répondre à de nombreuses questions", tempère ce médecin. Les chercheurs doivent, par exemple, s’assurer de l’absence de toxicité générale du produit utilisé.

Pétunia et prix Nobel
Seconde piste de recherche : agir contre le "bouclier" qui protège la cellule cancéreuse de sa mort cellulaire. "La cellule cancéreuse exprime des protéines qui la protègent de son apoptose", autrement dit de son dépérissement, explique Laurent Poulain. Son hypothèse : en supprimant ces protéines spécifiques, on rend la cellule cancéreuse plus vulnérable au traitement. Après avoir initialement exploré la piste de thérapie génique, il a réorienté son travail à la suite de la publication des travaux de deux chercheurs nobélisés en 2006.

Les deux Nobel travaillaient alors à partir d’une découverte faite par des pairs pour renforcer la couleur rouge des pétunias ! Les scientifiques primés ont mis en exergue l’importance d’un petit élément actif également chez les animaux : l’acide ribonucléique (ARN) "interférent". Cet ARN interférent vient entraver l’action d’une molécule, l’ARN messager, qui transmet les informations génétiques indispensables à la production des protéines. "En empêchant l’ARN messager d’agir, on empêche la synthèse de la protéine anti-apoptose", explique Laurent Poulain.

L’équipe caennaise met alors au point une technique qui empêche l’action de certains ARN messager de la cellule cancéreuse du mésothéliome. "Cela marche en culture. Il faut maintenant la tester sur la souris", indique-t-il. Ces travaux sont longs, coûteux, pour des résultats aléatoires. Mais ils suscitent de grands espoirs.

Milène Leroy