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Cancer colorectal : accroître de 15% la participation au dépistage organisé

Pour inciter les 50-74 ans à recourir davantage au dépistage organisé du cancer colorectal, une campagne de sensibilisation a été lancée le 2 mars par le ministère de la Santé et l’Institut national du cancer. Deux spots radios seront diffusés à partir du samedi 6 mars.

"Le cancer colorectal peut et doit reculer", a indiqué le 2 mars la ministre de la Santé lors du lancement de la dernière campagne de sensibilisation au dépistage organisé du cancer colorectal, menée par l’Institut national du cancer (Inca). Pour atteindre cet objectif, "le dépistage doit être systématisé", a soutenu Roselyne Bachelot.

Ciblant les 50-74 ans, il ne recueille actuellement qu’un taux de participation estimé à "42%, variant de 40% chez les hommes à 47% chez les femmes". Or, cette maladie touche "près de 39.000 personnes chaque année". En 2008, 20.500 hommes et 18.500 femmes ont été atteints. Il tue près de 17.000 patients par an, constituant ainsi la deuxième cause de décès par cancer.

"Dépisté à temps, un cancer colorectal n'est pas méchant"
Pour mobiliser davantage la population, le mois de mars est donc consacré à cette thématique pour la 3e année consécutive, à l’instar du cancer du sein en octobre. Dès le 6 mars, deux nouveaux spots radios seront diffusés jusqu’à la fin mars pour inciter les personnes concernées à participer au dépistage. Ils mettent en scène le courrier que reçoivent les assurés.

"Dans le premier spot, la lettre s’agace de rester oubliée sur la pile de courrier alors qu’elle devrait être emmenée chez le médecin", indique le ministère. Dans l’autre, "la lettre est heureuse de se retrouver avec son propriétaire dans la salle d’attente".

Le spot télé intitulé "Le voyage intérieur" est reprogrammé jusqu’au 21 mars. On y découvre l’intérieur du corps humain et surtout un "gentil" polype. Le message rappelle au téléspectateur que "le plus souvent, dépisté à temps, un cancer colorectal n’est pas méchant". " On m’a enlevé un polype lors d’une cœloscopie et il n’y a pas eu d’autres conséquences !", a témoigné Jean-Pierre, présent lors de la conférence de presse.

"Intervenir de façon non mutilante"
"Le dépistage est efficace et permet d’intervenir de façon non mutilante, en enlevant la tumeur de l’intérieur par les voies naturelles", a expliqué le président de l’Inca, le Pr Dominique Maraninchi. Autre fait positif : quand le cancer est repéré à un stade précoce, le taux de survie à 5 ans est de 94%.

Les hommes étant généralement plus réticents à se faire dépister, la presse, notamment masculine, relaiera cette campagne en mars et avril : L’Equipe, Auto moto, Auto plus, Le Point, Marianne, Télé Z…
Toute cette campagne vise "une augmentation globale de 15% de la participation" et de "50% dans les zones où ce taux est le plus bas ", précise la ministre. De fortes inégalités géographiques sont relevées : par exemple, le taux de participation est de 24,1% dans l’Hérault, 28% dans le Nord et 29,5% en Essonne, contre 53,7% en Saône-et-Loire ou 54,2% en Côte-d’Or.

Paula Ferreira

Trois questions au Dr Jérôme Viguier, gastro-entérologue, responsable des dépistages à l’Institut national du cancer (Inca).

Comment le dépistage du cancer colorectal a-t-il évolué depuis sa généralisation ?
Dr Jérôme Viguier – Ce dépistage systématique du cancer colorectal, avec le test Hemoccult II®, a débuté en 2002 dans 23 départements. Il s’est lentement étendu pour atteindre l’ensemble du territoire français fin 2008. Aujourd’hui, 40 à 45% des personnes concernées profitent de ce dépistage, qui permet d’orienter 2,7% de personnes vers une coloscopie.
Mais on observe de très grandes disparités en fonction de la géographie et du sexe ! On note ainsi une participation moindre dans les zones urbaines, en particulier Paris et les grandes villes. C’est aussi dans les départements qui étaient pilotes en 2002 que les gens répondent le plus. On constate également, dans le pourcentage de tests reçus, une différence de 5 points en faveur des femmes.
Comment expliquez-vous cette différence entre hommes et femmes ?
Dr J. V. – Les hommes, surtout dans la cinquantaine, ne pensent pas à la maladie, n’ont pas le temps, notamment s’ils travaillent. Mais, avant tout, ils ont une moins bonne culture de la prévention. Les femmes, elles, ont déjà l’habitude des frottis, des mammographies. Elles ont donc un rôle à jouer, car on constate une plus grande adhésion des hommes à ce dépistage lorsqu’ils vivent en couple. Il faut savoir qu’il y a 1,5% de plus de cancers du côlon chez les hommes que chez les femmes. Les hommes sont touchés plus précocement, les femmes étant protégées par leurs hormones.

Pourquoi renouveler le test tous les deux ans ?
Dr J. V. – Le dépistage n’est pas un vaccin, il faut le renouveler. Le rythme de deux ans s’est imposé : c’est un bon compromis entre le risque de faire le test trop fréquemment – il serait alors perçu comme envahissant – et celui de ne pas être efficace. Le cancer se développe sur des lésions appelées polypes sur une période de dix ans en moyenne. En deux ans, la maladie peut se déclarer, mais il est encore temps d’agir. Et ce qui est très important, c’est de commencer les dépistages dès 50 ans.

Propos recueillis par Sylvie Livet