Assurance maladie : des pistes pour sortir de la crise

"La situation financière de l'as­surance maladie tra­verse de nouveau une période extrêmement critique." C'est pour cette raison que, dans son second "grand rapport" publié vendredi, le Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance maladie (Hcaam) invite les candidats à la présidentielle à se saisir sans tarder de ce sujet, rapportent Les Echos (page 5).

Dans son document, le Hcaam estime qu'"aucune remise à niveau de l'équilibre des comptes" de l'assurance maladie ne pourra se faire sans une part plus ou moins importante de recettes nouvelles. C'est pourquoi cet organisme préconise plusieurs actions "énergiques" afin de réaliser des économies.

Deux priorités se dégagent, observe le quotidien économique. En premier lieu, il s'agit de couvrir "l'ensemble des soins préventifs et curatifs" sans menacer le principe de solidarité entre malades et bien portants. Concernant les maladies chroniques liées aux personnes âgées (motif principal de la hausse des dépenses), la création de "parcours de santé" permettrait d'engendrer des économies de plusieurs milliards d'euros. Pour cela, notent Les Echos, la logique impliquerait "un exercice beaucoup plus collectif de la médecine […] et beaucoup moins centré sur l'hôpital".

A ce titre, les infirmières pourraient assurer davantage de tâches "sous la supervision du médecin traitant". Pour ce qui est de la rémunération des professionnels, elle pourrait être adaptée, notamment en réduisant les actes à la faveur des forfaits en particulier pour les malades chroniques.

Par ailleurs, indique le journal, il pourrait être proposé aux patients "des offres de services personnalisés de soins, avec des engagements à la clef". Le niveau de prise en charge serait d'ailleurs conditionné au respect de ces engagements, comme le souhaitent "les mutuelles et assurances, parties prenantes de cette offre".

Dépassements d'honoraires : gare à "l'effet d'aubaine"
Le décret publié jeudi par le gouvernement dans le but de maîtriser la hausse des dépassements d'honoraires ne cesse de provoquer "de nombreuses réactions, toutes très critiques", ob­serve L'Eveil de la Haute Loire de samedi 24 mars. Selon ce texte, rappelle le site lexpansion.lexpress.fr, les mutuelles vont être contraintes de rembourser les dépassements d'honoraires pratiqués par les chirurgiens, anesthésistes et obstétriciens, jusqu'à 50 % du tarif de la Sécurité so­ciale. La prise en charge de ces dépassements sera intégrée dans les contrats responsables.
Pour la Mutualité Française, cette initiative traduit une "obstination déraisonnable du gouvernement" pour un dispositif qui "va à l'encontre du but recherché". En effet, déclare son président Etienne Caniard dans un long entretien accordé à francesoir.fr, il est "vraisemblable que les professionnels qui pratiquaient des tarifs inférieurs au niveau fixé" vont adopter cette nou­velle option. Elle constituera pour eux "un effet d'aubaine" et induira une dépense supplémentaire pour les mutuelles. Quant aux médecins qui pratiquent des tarifs supérieurs à ce niveau, ils n'auront pas d'intérêt à y adhérer, ajoute-t-il.

Si cette option de coordination est boudée par les médecins comme elle l'a été en 2005, l'impact sur les cotisations devrait être pratiquement nul. En effet, a rappelé Etienne Caniard sur France 2 dans le journal de 13 heures de ven­dredi, cette option a seulement intéressé "un peu plus de mille médecins sur les trente mille qui pouvaient y adhérer". Cela dit, "il n'y aura aucun effet non plus sur l'amélioration de l'accès aux soins", déplore le président de la Mutualité Française.

Pour le président de la Mutualité Française, "il s'agit d'avantage d'un effet d'annonce que d'une mesure structurante. Toutes les institutions du secteur, des syndicats de salariés aux associations de patients critiquent d'ailleurs l'efficacité de cette mesure", fait valoir Etienne Caniard qui déplore le fait qu'à travers cette décision "le gouvernement légi­time tout simplement les dépassements d'honoraires".
Frédéric Lavignette