Après le Mediator®, d’autres médicaments sont mis en cause

Les autorités sanitaires françaises ont indiqué hier soir que le buflomédil, un vasodilatateur utilisé par plus de 100.000 patients, "pourrait prochainement être retiré du marché", selon Le Pari­sien/Aujourd'hui (page 8). Des procédures sont engagées, depuis plusieurs mois, pour réévaluer le rapport bénéfice/risque de certains médicaments possiblement dangereux, a assuré, hier sur RTL, le ministre de la Santé. Cette réaction fait suite à l'alerte sur la dangerosité de ce médicament lancée par la revue médicale indépendante Prescrire, dans son numéro de janvier.

Selon ce mensuel, le buflomédil, "sans intérêt thérapeutique", a des "effets indésirables neurologiques et cardiaques, parfois mortels, en particulier en cas de doses élevées ou inadaptées à l'insuffisance ré­nale" (La Croix, page 4). En 2006, ces cas graves avaient été signalés, mais "plutôt que de retirer le buflomédil du marché, les autorités ont retiré uniquement le do­sage fort", déplore la revue Prescrire, citée dans Le Monde (page 9).

"La consommation de ce médicament a baissé de moitié entre 2006 et 2009, mais manifestement cela n'a pas suffi à mettre les patients à l'abri", constate-t-elle. "Combien de victimes faut-il encore aux firmes concernées et à l'Afssaps pour décider de cesser ce commerce ?", s'interroge Prescrire (Les Echos, page 17). Le laboratoire américain Cephalon, qui commercialise le buflomédil sous le nom de Fonzylane®, affirme qu'il se pliera "aux préconisations de l'Afssaps", note La Croix.

D'autres médicaments sont sur la sellette, comme le nimésulide, un anti-inflammatoire à l'origine de nombreuses at­teintes hépatiques, retiré du marché en Irlande, en Belgique, en Espagne et en Finlande, précise Le Parisien/Au­jourd'hui. Egalement dans le collimateur, l'anticancéreux Javlor®, jugé inefficace et hors de prix.

Ces trois produits jugés dangereux ne sont pas des cas isolés, souligne Le Parisien. Selon le Pr Philippe Even, pneumologue et spécialiste du médicament, "sur les 5.000 médicaments (commercialisés) en France, la moitié ne sert à rien. Beaucoup sont très anciens, comme le Mediator® ou le Fonzylane®, et auraient dû être retirés depuis longtemps". Interrogé sur la lenteur de ces retraits, le Pr Even évoque "la peur des poursuites juridiques". En conclusion, il espère que "les pouvoirs publics vont vraiment faire évoluer ce système dépassé".

Dépendance : la réforme sur les rails
La ministre des Solidarités a donné hier le premier coup de pioche de la réforme de la dépendance, en installant quatre groupes de travail, mais des incertitudes demeurent sur le calendrier du "chantier présidentiel", rapporte Libération (page 11). Le premier groupe va plancher sur le financement de la réforme et sera présidé par Bertrand Fragonard, président délégué du Haut conseil de la famille, précisent Les Echos (page 3). Un autre groupe de travail, devra évaluer "les enjeux démographiques et financiers" de la dépendance. Il sera confié à Jean-Michel Charpin, ex-commissaire au Plan et ex-directeur général de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Un troisième, dirigé par Evelyne Ratte, conseillère maître à la Cour des comptes, va étudier "les modes de prise en charge". Enfin, un quatrième, présidé par Annick Morel, inspectrice générale des affaires sociales, planchera sur le thème : "Société et vieillissement".

La composition des groupes n'a pas encore été actée. Selon le ministère des Solidarités, ils devront réunir régulièrement "une quarantaine de membres" chacun, comptant des élus, des experts, des partenaires sociaux ou encore des représentants associatifs, rapporte Libération. Installés "dès ce mois-ci", ils devront terminer "avant l'été" leurs travaux, qui serviront de base aux décisions du gouvernement. Des mesures en faveur de la dépendance s'inscriront dans le PLFSS pour 2012, adopté l'automne prochain, avait annoncé le président de la République.
John Sutton