Alcool : des étudiants discutent des risques avec les jeunes Rennais

A Rennes, des équipes d’étudiants baptisées "Noz’ambules" sillonnent le soir les rues pour donner aux jeunes des conseils de prévention sur l’alcool. Mis en place par la municipalité en partenariat avec La Mutuelle des étudiants (LMDE), ce dispositif basé sur le dialogue entre pairs facilite la discussion.

Ce jeudi 3 février, à Rennes, vers 21 heures, trois jeunes assis sur un banc discutent calmement. Au milieu d’entre eux : une bouteille de vin blanc à moitié vide… Deux étudiants vêtus d’un blouson aux couleurs de La Mutuelle des étudiants (LMDE) se dirigent vers eux. "Nous sommes là pour vous donner des conseils de prévention contre la consommation d’alcool", leur explique Lucie, membre de "Noz’ambules". La conversation s’engage dans une ambiance un peu tendue, surtout au début…

Noz’ambules c’est le nom du dispositif mis en place en 2008 par la ville de Rennes, en partenariat avec la LMDE. Son principe : tous les jeudis et vendredis jusqu’à 22 heures, deux équipes en binôme parcourent les rues de la capitale bretonne pour sensibiliser les jeunes aux risques de l’alcool. Cette démarche débute l’après-midi dans les lycées et facultés et se poursuit tard dans la nuit avec le concours de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addiction (Anpaa).

"Rennes est une ville étudiante où les lycéens et étudiants aiment faire la fête et, par conséquent, sont amenés à boire", précise Anouch Zaroukian, administratrice déléguée de la LMDE en charge de la prévention. Pour prévenir les jeunes des dangers d’une consommation excessive, la LMDE privilégie le dialogue entre pairs, et non un discours moralisateur ou culpabilisant.

Relation de confiance
La déambulation dans la ville se poursuit par une brève rencontre avec deux étudiantes de 18 et 19 ans qui se rendent à une soirée. Elles sont pressées. Les étudiants de Noz’ambule ont juste le temps de leur faire passer un message. "L’alcool a un effet de déshydratation sur le corps, vous devriez donc boire de l’eau au cours de votre soirée", leur conseille Manon, médiatrice.

Un peu plus loin, la même équipe rencontre trois jeunes femmes de 20 ans. Celles-ci commencent par parler de leurs études et de leurs sorties. Une fois la relation de confiance établie, le sujet de l’alcool est abordé. De sortie ce soir, prudentes, elles comptent rentrer à pied chez elles. Les membres de Noz’ambules leur remettent des bandes réfléchissantes et autocollantes pour être vues des automobilistes.

"Le contact entre jeunes permet de mieux établir le lien entre eux et de faciliter la discussion", observe Valérie Hamdi, responsable de prévention santé à la LMDE, région Bretagne-Pays de la Loire. "Dans ces conditions, les messages de prévention sont mieux entendus", poursuit Thibault Boyer, chargé de prévention par les pairs à la LMDE.

"S’amuser et se désinhiber"
Les échanges des médiateurs de Noz’ambules avec trois jeunes hommes de 21 ans témoignent de l’intérêt de cette démarche. D’emblée, ces étudiants posent des questions sur le fonctionnement du dispositif, un grand verre de bière à la main… Les échanges durent près d’un quart d’heure, dans une humeur joyeuse. Comme le dit l’un d’entre eux, "boire est un moyen de s’amuser et de se désinhiber". "Certes, les risques de maladie dus à l’alcool m’inquiètent, mais je pense d’abord à bien profiter de mes années de jeunesse", confie-t-il.

"Il ne faut pas boire à jeun, car ce produit passe alors plus rapidement dans le sang", conseille Blaise, médiateur. Pendant ce temps, une médiatrice explique à Samuel, un autre membre du groupe, le fonctionnement d’un éthylotest avant de le lui remettre.

L’alcool n’est pas le seul sujet évoqué par Noz’ambules. Selon les cas, la discussion peut porter sur le tabac, la toxicomanie, la contraception. "Une fois, une lycéenne enceinte ne savait pas comment être prise en charge. Je lui ai donc indiqué des adresses d’associations, notamment le Planning familial", relate Pierre-Alain, médiateur.

Après plusieurs années de fonctionnement, Noz’ambules est de plus en plus connu auprès des jeunes Rennais. "Certains d’entre eux viennent vers nous pour reprendre la discussion commencée lors d’une précédente rencontre", témoigne Lucie, autre membre de l’équipe. "Nous faisons partie du paysage festif de Rennes !", se félicite Blaise.

Christophe de La Mure