Affections de longue durée : levée de boucliers

La proposition du directeur de l'assurance maladie, Frédéric Van Roekeghem, de ne plus rembourser en totalité les médicaments des patients souffrant d'affections de longue durée a provoqué une levée de boucliers. Les associations de malades, l'opposition parlementaire et les syndicats ont manifesté leur indignation face à cette idée qui permettrait d'économiser 250 millions d'euros en 2009 au détriment de la solidarité. La Mutualité française s'étonne de l'absence de concertation.

"Inacceptable", "scandaleux", "choquant" : comme l’écrit Aline Gérard dans Le Parisien/Aujourd’hui (page 8), la proposition du directeur de l’assurance maladie de ne plus rembourser en totalité les médicaments des malades en affection de longue durée (ALD) a provoqué "une jolie tempête". L’idée lancée comme un "ballon d’essai" par Frédéric Van Roekeghem consiste à sortir de la prise en charge à 100% les médicaments à vignette bleue, en vue d’économiser 250 millions d’euros en 2009.

A cette annonce unilatérale, les associations de malades, l’opposition parlementaire et les syndicats se sont levés pour manifester leur indignation. Quelques députés UMP ont même dénoncé ces mesures "qui touchent au cœur même de la solidarité", en "s’attaquant aux soins des personnes âgées et des malades gravement atteints", rapportent Les Echos (page 4). Nombre d’associations ont rappelé hier combien les médicaments dits "de confort" jouent un rôle important dans la vie quotidienne des malades et pèsent sur leur budget.

Pour le président national de l’Association française des diabétiques, Gérard Raymond, "ce plan est totalement insupportable". Dans un entretien à L’Humanité (page 2), il s’inquiète de la "culpabilisation" des malades, qui devient "systématique". Un moindre remboursement des soins aura un impact certain sur la santé publique : "Toutes ces personnes seront moins observantes, seront moins bien prises en charge. Et dans cinq ans, elles développeront des complications longues et coûteuses."

"Face au tollé", relate Le Figaro (page 20), la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, tout comme le ministre du Budget, Eric Woerth, "ont tenté de désamorcer la bombe avec deux explications". Le premier argument consiste à préciser qu’il ne s’agit que d’une proposition et que le gouvernement n’en est pas l’auteur. Cependant, commente le quotidien, "personne n’imagine que l’initiative a été prise sans son feu vert, ne serait-ce que pour lancer un “ballon d’essai”".

Deuxième tentative pour calmer les esprits : hier soir, sur France 2, Roselyne Bachelot a fait valoir que "la prise en charge à 100% des ALD demeurera". Le but, a-t-elle dit, "est de faire en sorte que les médicaments des personnes atteintes d’affections longue durée, par un moyen ou par un autre, soient pris en charge à 100%". L’incise est à noter : "Par un moyen ou par un autre." Derrière cette formulation se cache le transfert financier de la Sécurité sociale vers les régimes complémentaires.

Pour Roselyne Bachelot, qui promet bien tardivement une concertation avec la Mutualité, l’affaire est entendue : il n’y a "aucune raison" que les mutuelles soient contraintes à augmenter leurs tarifs pour faire face à cette nouvelle charge, "puisqu’en même temps on baisse le prix des médicaments". Et la ministre de la Santé de rappeler sa préoccupation pour les "8% de malades qui n’ont pas de mutuelle" et de s’engager à les "accompagner" sans plus de précisions.

Dernier point à retenir : la presse quotidienne a bien noté ce matin l’absence de concertation avec l’ensemble des acteurs de la complémentaire santé. Le président de la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA), Gérard de la Martinière, présentait hier à la presse les résultats de son secteur. A cette occasion, il a manifesté son désaccord sur la méthode, estimant également les organismes complémentaires ne doivent pas "être instrumentalisés pour boucher les trous" (Les Echos, page 29).

Sur France 2, Roselyne Bachelot a conclu son intervention en indiquant que cette proposition de l’assurance maladie "mérite d’être étudiée avec la Mutualité et les assureurs complémentaires". C’est "vers le 15 juillet" qu’elle fera connaître ses intentions…

Frédéric Lavignette