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Affaire du Mediator® : réformer le dispositif de phamacovigilance

"Depuis qu’ont été portés à la connaissance du gouvernement des études scientifiques faisant état d’un nombre de décès en relation avec la prescription du Mediator® (…), j’ai demandé que la transparence la plus totale soit faite sur ce dossier", a indiqué hier le président de la République lors du Conseil des ministres, note Le Figaro (page 3). "Nous avons vis-à-vis de nos concitoyens un impératif de protection", a-t-il déclaré.

"Notre pays a construit depuis vingt ans un système d’agences sanitaires qui participe à cette protection. S’il s’avère qu’il y a eu des failles dans ce système, notamment dans le champ de la pharmacovigilance, elles seront corrigées", a ajouté le chef de l’Etat.

Le président attend, à l’issue des travaux de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et de la mission parlementaire qui vient d’être créée sur le sujet, "des propositions claires, opérationnelles, pour resserrer les liens entre les différents acteurs de la chaîne sanitaire, pour sécuriser davantage le rôle des experts, pour améliorer les échanges d’informations entre les pays européens sur la pharmacovigilance et renforcer naturellement l’information des patients", rapportent Les Echos (page 4).

Suite à ces déclarations, l’avocat de 25 victimes du Mediator®, Charles Joseph-Oudin, s’est félicité que "l’Etat se préoccupe au plus haut niveau de ce scandale" et espère que "cela va se traduire dans les faits, notamment en matière d’indemnisation". De même, le député socialiste Gérard Bapt, à l’origine de la demande d’une mission parlementaire, s’est "réjoui de la détermination affichée par le président de la République de faire toute la transparence".

"J’espère que l’on saura saisir l’occasion de ce drame sanitaire pour s’en prendre enfin au fond du problème : les conflits d’intérêts qui minent le système de pharmacovigilance", déclare Gérard Bapt dans un entretien à L’Humanité (page 9). Pour ce député, "il faut impérativement revoir à la hausse les subventions allouées aux centres de pharmacovigilance, si l’on veut éviter que les laboratoires ne s’engouffrent dans cette brèche". Cet élu préconise la création d’un "conseil de déontologie et de prévention des conflits d’intérêts" au sein de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps).

"Les coups bas du labo du Mediator®", titre Libération en "une", qui, dans une enquête s’étalant sur neuf pages, révèle, entre autres, les méthodes du groupe pharmaceutique Servier pour "neutraliser" des experts médicaux trop critiques vis-à-vis de l’Isoméride® et du Mediator®. Selon Libération (page 5), les agissements du labo visaient notamment l’épidémiologiste français Lucien Abenhaim et son collègue américain Stuart Rich, auteurs d’une étude en 1995 qui a entraîné l’interdiction de l’Isoméride® en France. Selon ce quotidien, un haut responsable de l’Agence du médicament français aurait été menacé de mort, un journaliste surveillé par des détectives privés et une avocate belge, travaillant pour les victimes américaines, aurait reçu une photo de sa fille sur le chemin de l’école…

De son côté, Irène Frachon, cette pneumologue du CHU de Brest qui a enquêté pendant plus de deux ans sur les deux médicaments, n’a subi "qu’une" pression de Servier. La Croix (pages 8 et 9) retrace d’ailleurs le long combat de cette médecin contre le Mediator®. Dès 1990, à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart (Hauts-de-Seine), "on voyait mourir des femmes qui avaient pris de l’Isoméride® pour maigrir. Et cela rendait dingues les médecins du service (de pneumologie, NDLR) de savoir que le médicament était encore en vente. (…) Sans l’Isoméride®, jamais je ne me serais intéressée plus tard au Mediator®", se souvient-elle.

En octobre 2007, un cardiologue du CHU de Brest lui signale une patiente traitée avec ce médicament et qui souffre d’une valvulopathie, autrement dit d’une atteinte des valves cardiaques. Le Dr Frachon découvre que le Mediator® présente une forte proximité chimique avec l’Isoméride®. Elle alerte ses collègues cardiologues et pneumologues, qui travaillent sur l’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP). Début 2009, elle signale à l’Afssaps une quinzaine de cas de patients dont les graves problèmes cardiaques sont dus au Mediator®. L’Agence décide de retirer le médicament. A l’issue de son long combat pour l’interdiction du Mediator®, Irène Frachon se déclare "effarée" et "consternée" par le poids de l’industrie pharmaceutique et "la soumission intellectuelle et psychologique à l’industrie d’une grande partie des médecins".

John Sutton