Accès aux soins : la bataille des hôpitaux et des cliniques

Voilà une enquête qui confirme, une nouvelle fois, les disparités d’accès aux soins. Dans plus de 70 villes de France, des chirurgiens de secteur 2 sont en position de quasi-monopole, car ils réalisent plus de 90% des opérations, constate L’Expansion (mars 2008, page 60). Pour arriver à cette conclusion, le mensuel économique a croisé les chiffres de l’activité hospitalière de 2006 avec des informations sur le secteur tarifaire des médecins libéraux.

Il en ressort que "la compétition est acharnée" entre les hôpitaux publics et les cliniques privées, explique L’Expansion, car désormais les budgets sont attribués en fonction de l’activité réelle. "Tout est bon pour attirer les malades" et récupérer des "parts de marché" : articles dans la presse locale, marketing… La chirurgie, considérée comme une des spécialités les plus rentables, est au coeur de cette bataille. D’autres disciplines, comme la radiologie ou la cancérologie, seraient également concernées.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Les hôpitaux publics "souffrent de la difficulté" à recruter des médecins et d’un "carcan administratif que certains rêvent d’alléger", estime le mensuel. Ainsi, à Nevers (Nièvre), l’hôpital n’assure plus que 39% des opérations et a dû abandonner la chirurgie urologique. Pour se faire soigner, les habitants atteints d’une affection de la prostate ont désormais le "choix" entre s’adresser à des médecins qui pratiquent les dépassements d’honoraires ou parcourir plusieurs dizaines de kilomètres… Les hôpitaux de Sens et d’Auxerre (Yonne) n’opèrent plus la cataracte et dans les cliniques, tous les ophtalmologues sont en secteur 2. A Royan et à Cognac (Charente), les centres hospitaliers ont fermé leurs blocs opératoires et transféré leur activité aux libéraux, qui, pour certaines spécialités, sont tous en honoraires libres. Les chirurgiens libéraux dépasseraient en moyenne les tarifs de la Sécurité sociale pour les deux tiers de leur activité.

Pour "stopper la fuite des médecins vers le privé", la balle est désormais dans le camp des politiques, conclut le mensuel économique. La ministre de la Santé a sur son bureau un rapport de trois chirurgiens (Guy Vallancien, Philippe Cuq et François Aubart), qui préconise d’harmoniser les modes de rémunération du public et du privé.

Hasard du calendrier : cette enquête fait écho à un sondage réalisé par LH2 pour le Collectif interassociatif sur la santé (CISS). Présenté hier, il montre que près de 56% des Français estiment que le système de santé "ne permet pas à tous les habitants du pays de bénéficier de la même qualité des soins". Toujours selon cette étude, 75% des personnes interrogées sont d’accord avec l’idée "d’obliger les médecins à s’installer dans les régions dans lesquelles il y a des manques", souligne L’Humanité (page 9).

Nouvelle hausse du chômage
"Rebond surprise du chômage", titre le quotidien Les Echos (page 2). Après quatre mois de baisse consécutive, le nombre de chômeurs inscrits fin janvier à l’ANPE a augmenté de 0,7% comparé à décembre, soit 13.200 demandeurs d’emploi de plus. Un résultat dont le gouvernement se serait bien passé "à l’approche d’élections municipales difficiles", commente le quotidien économique. "Le rebond du chômage ne va pas redonner le moral aux Français", renchérit Le Figaro-économie (page 21), qui s’appuie sur l’indicateur de confiance des ménages de l’Insee publié hier. Le quotidien souligne que le chômage ne sera pas resté longtemps en dessous de la barre symbolique des 1,9 million de demandeurs d’emploi, chiffre atteint en décembre 2007. Pour Libération (page 20), "il est difficile de ne voir dans cette hausse significative des inscriptions à l’ANPE qu’un simple accident statistique".

John Sutton