4 patients sur 10 auraient recours à d’autres médecines que la médecine traditionnelle

En réaction à leur multiplication, une campagne de prévention contre les "médecines alternatives nuisibles" vient d’être lancée à l’initiative d’une des principales associations françaises de lutte contre les phénomènes sectaires, le Centre contre les manipulations mentales (CCMM).

Intitulée "Danger ! Attention aux traitements miracles et aux faux thérapeutes", cette opération vise à ralentir la tendance qui pousse certains malades vers des traitements alternatifs dont certains relèvent moins de la médecine que de l’escroquerie. En effet, rapporte Libération du 11 novembre (page 11), 4 patients sur 10 auraient désormais recours à d’autres médecines que la médecine traditionnelle, et, sur ce nombre, plus d’un patient sur deux serait atteint d’un cancer.

"Depuis deux, trois ans, observe Chantal Gatignol, du pôle santé de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), on note une montée en puissance de ces mouvements qui vont jusqu’à dénigrer la médecine traditionnelle." Les patients qui y adhèrent ne sont pas forcément des "gogos incrédules", poursuit un médecin de santé publique, car le phénomène touche tout le monde, quels que soient l’âge et le niveau social.

"Dans ce glissement vers d’autres médecines (comme la très en vogue naturopathie), soyons équilibrés, note Libération, les torts peuvent être partagés. Bien souvent, la médecine hospitalière se révèle certes efficace, mais engoncée dans la froideur et l’anonymat, laissant peu de place au patient qui doit suivre sans contester le bulldozer thérapeutique qu’on lui impose."

Les médecines parallèles incitent parfois les patients à abandonner les traitements thérapeutiques prescrits. Pour autant, précise Chantal Gatignol, "toute dérive thérapeutique n’est pas sectaire". Seulement, "cette dérive prend un caractère sectaire quand la personne perd sa capacité de décision, quand cela se traduit parallèlement par une rupture avec son environnement personnel ou professionnel, et que s’ajoutent des demandes financières exorbitantes". Le tarif de la consultation pour ces "médecines" peut en effet osciller entre 100 et 150 euros, contre 23 chez un médecin généraliste.

Actuellement, "on estime à 100.000 le nombre de praticiens parallèles, et à plus de 400 celui de pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique", écrit le quotidien. Beaucoup utilisent les nouveaux médias pour promouvoir leur discipline, et près de 1 000 d’entre eux seraient vraiment dangereux. Certains relèvent même de l’exercice illégal de la médecine, délivrant des produits alors que cela leur est interdit, des produits parfois fantaisistes, voire dangereux.

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Dans une tribune publiée hier dans Libération (page 23), l’économiste de la santé Béatrice Majnoni d’Intignano, tente de mesurer les effets de la généralisation du tiers payant. Selon elle, "généraliser cette formule sans précaution, en France, serait aller au-devant de révoltes et de bagarres sans fin et susciter une fois de plus l’incompréhension des professionnels comme de la population !".

Mais aujourd’hui, remarque-t-elle, le ticket modérateur n’a pas vraiment fait preuve d’efficacité. En effet, "les Etats-Unis et la France, qui y firent le plus appel, contrôlèrent moins bien leurs dépenses de santé et subissent plus d’inégalités". Ce qui n’est pas le cas chez certains de nos voisins, dans le Nord de l’Europe, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas ou encore en Allemagne, où le médecin généraliste est "gratuit".

Chez ces voisins, les généralistes sont rémunérés par une "capitation". "La capitation, explique-t-elle, est une rémunération per capita – liée à l’âge – par personne inscrite sur la liste du médecin, en nombre limité, environ 2.000 à 3.000 personnes. Elle rémunère le premier recours aux soins, l’orientation vers les spécialistes, la continuité des soins et de la prévention."

Ces généralistes n’ont pas intérêt à multiplier les consultations car "toute la logique de la relation malade médecin en est inversée" puisque toute consultation inutile n’améliore pas ses revenus.

Alors que la "formule actuelle du ti­cket modérateur est censée responsabiliser les malades", note Béatrice Majnoni d’Intignano, "celle du tiers payant, et de la capitation, responsabiliserait plus le médecin qui passerait un contrat avec la Sécurité sociale ou les complémentaires pour des protocoles de soins évalués". En revanche, conclut-elle, "instaurer le tiers payant, en conservant le paiement à l’acte actuel, n’aurait aucun sens". Elle préconise donc de "basculer vers une autre formule, la capitation, largement pratiquée à l’étranger".

Frédéric Lavignette

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)