Santé numérique : les sept recommandations de la Mutualité Française et du Positive Economy Forum

Education au numérique, utilisation des données de santé, nouvelle organisation des soins… Le 9 février 2016, la Mutualité Française et le Positive Economy Forum ont présenté les premières conclusions de leur groupe de travail consacré à la santé numérique.

Penser le changement profond engendré par la révolution numérique dans l'organisation de notre système de santé et de soins : tel était l'objectif du "Positive-Lab", un atelier de réflexion organisé le 20 janvier 2016 par le Positive Economy Forum, en partenariat avec la Mutualité Française (lire aussi "Santé numérique : la Mutualité Française et le Positive Economy Forum analysent les enjeux de la révolution digitale").

Le 9 février, le groupe de travail a présenté ses premières conclusions, en présence de Jacques Attali, président du Positive Economy Forum, et d'Etienne Caniard, président de la Mutualité Française. Piloté par Jean-Martin Cohen Solal, délégué général de la FNMF, et constitué de médecins, d'universitaires, d'industriels et de professionnels de l'e-santé, le Positive-Lab a formulé sept recommandations (voir encadré), destinées à faciliter le virage numérique dans le domaine de la santé et assurer le développement des nouvelles technologies au service des générations futures.

Eduquer le grand public au numérique

L'éducation au numérique a été au cœur des discussions. Car le grand public est d'ores-et-déjà exposé à une surabondance d'informations, via Internet, sans toujours avoir les clés pour distinguer les sources fiables des campagnes de désinformation. A terme, un accès maîtrisé à l'information devrait profondément modifier les rapports entre les patients et les professionnels de santé qui "abandonneront leur prétention de savoir monopolistique", estime Dominique Joseph, trésorière générale de la Mutualité Française. "C'est à nous, mutuelles, d'accompagner nos adhérents dans cette transition numérique afin qu'ils évoluent d'une relation d'infériorité à une relation de complémentarité avec leur médecin."

Autre enjeu majeur : l'utilisation des données de santé. Pour Carlos Jaime, directeur de la division santé chez Samsung Electronics, "une donnée de santé n'a de valeur que si elle est partagée et maîtrisée". C'est pourquoi Isabelle Hilali, vice-présidente Stratégie & marketing d'Orange Healthcare, estime qu'"il est essentiel que chacun soit pleinement conscient de ce qu'il transmet mais comprenne aussi quel bénéfice il peut recevoir en communiquant ses données".

Encore faut-il que les professionnels de santé soient en capacité d'exploiter ces données et d'utiliser les nouvelles technologies. D'où l'idée de favoriser les doubles cursus médecin/ingénieur. Pour Enguérrand Habran, fondateur de New Health, il faudra aussi privilégier "une collaboration étroite entre médecins et data scientists, afin de pouvoir exploiter au mieux l'immense potentiel des données de santé".

Les sept propositions pour accompagner la révolution numérique en santé

  • Promouvoir l’éducation aux données de santé, à travers de véritables digital humanities, y compris afin que tous soient conscients de ce qu’ils livrent et transmettent.
  • Encourager la mutualisation des données dans des "communs" afin de créer de la valeur.
  • Renforcer l’accompagnement humain via la formation et les case managers(1).
  • Promouvoir la recherche sur l’utilisation des données et la protection de l’anonymat.
  • Promouvoir la transparence partagée entre tous les acteurs.
  • Repenser la tarification hospitalière : si l’on va vers du mieux-être et du tout préventif, la tarification à l’acte et la tarification à l’activité (T2A) devient de facto obsolète.
  • Favoriser les doubles cursus, médecin et ingénieur, comme c’est déjà le cas dans d’autres pays, afin de mieux cerner les nouvelles expertises nécessaires.

(1)"Le Case Management est un processus fortement collaboratif mais néanmoins structuré, piloté par des événements externes et qui demande des réponses au fur et à mesure du traitement dans un domaine métier bien particulier (par exemple un patient, un acte, une réclamation)" (source: Forrester – Craig Le Clair et Clay Richardson).

Sophie Lecerf

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)