Santé numérique : la Mutualité Française et le Positive Economy Forum analysent les enjeux de la révolution digitale

Jacques Attali, président de Positive Economy Forum, et Etienne Caniard, président de la Mutualité Française

C'est le 9 février 2016 qu'a eu lieu la restitution publique des travaux entrepris par la Mutualité Française et le Positive Economy Forum sur le thème de la santé numérique. Leurs présidents respectifs, Etienne Caniard et Jacques Attali, avaient posé les enjeux du débat dans le premier numéro du nouveau trimestriel Mutations.

Vieillissement de la population, multiplication des déserts médicaux, augmentation des maladies chroniques… Les nouvelles technologies permettent-elles de répondre aux défis qui attendent notre système de santé ? Quelle stratégie adopter pour assurer leur financement ? Comment réinventer les mécanismes de solidarité ?

Ces questions sont au cœur d'une réflexion commune, initiée par la Mutualité Française et le Positive Economy Forum, un réseau international dédié à l'intérêt des générations futures et présidé par Jacques Attali. Leur partenariat s'est traduit par un atelier de travail à huis clos, le 20 janvier 2016, suivi d'une séance de restitution publique, le 9 février.

Etre attentifs aux inégalités

Dans le premier numéro de Mutations, le nouveau magazine trimestriel de la FNMF, paru en janvier 2016, Jacques Attali et Etienne Caniard, le président de la Mutualité Française, échangent leurs points de vue sur les enjeux de la révolution numérique dans le domaine de la santé.

La e-santé va faire éclater l'ensemble des frontières que nous connaissons aujourd'hui et l'ensemble des cloisonnements entre la médecine de ville et l'hôpital.

Etienne Caniard estime que "la e-santé va faire éclater l'ensemble des frontières que nous connaissons aujourd'hui et l'ensemble des cloisonnements entre la médecine de ville et l'hôpital". De son côté, Jacques Attali pointe "le coût extrêmement élevé de ces évolutions" et souligne qu'il faudrait les financer sans risquer d'augmenter les inégalités : "Il ne faudra pas dériver vers un système capitaliste où il faut avoir des moyens pour pouvoir se soigner […]", prévient-il, tout en plaidant pour une augmentation des dépenses de santé, "un cercle vertueux, aussi longtemps que l'espérance de vie augmente".

Données de santé : "un outil majeur de santé publique"

La question des données est au cœur des échanges. Jacques Attali estime que "la mise en commun des données médicales générales anonymisées et leur mise à disposition à destination des citoyens [seraient] un outil majeur de santé publique […] au service de la prévention et de la gestion des risques". Etienne Caniard, pour sa part, regrette que "la question des données de santé [soit] trop souvent abordée sous le seul aspect de la protection de la vie personnelle" : "Ce souci est essentiel mais il faut accepter d'aller vers un contrôle a posteriori qui ne limite pas a priori l'utilisation des données. Sinon le risque est celui d'une perte de chance pour la population."

La prédictibilité va bouleverser le métier de l'assurance puisque, en fonction du risque prévu, la prime sera différente.

Enfin, Jacques Attali et Etienne Caniard évoquent les bouleversements prévisibles de la médecine prédictive en termes de solidarité entre assurés. Pour Jacques Attali, "la prédictibilité va bouleverser le métier de l'assurance puisque, en fonction du risque prévu, la prime sera différente. Face à la possible tendance à l'"individualisation des risques" qu'il évoque, Etienne Caniard juge pour sa part que "la prédictibilité restera relative et fragile". En tout état de cause, martèle-t-il "nous aurons toujours besoin d'un régime obligatoire fort pour limiter les inégalités".

Sophie Lecerf

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)