Nouveaux traitements du cancer (volet 3/4) : témoignage d’une généraliste en quête de formation

Dre Martine Rousseau, médecin généraliste à Argenteuil (Val-d'Oise).

Déstabilisés par l'arrivée de nouveaux traitements du cancer, qui déplace la prise en charge vers la médecine de ville, médecins généralistes, patients et pharmaciens sont confrontés à nombre de questions durant le temps thérapeutique. Témoignage de la Dre Martine Rousseau, médecin généraliste à Argenteuil (Val-d'Oise). Pour elle, une meilleure coopération avec l'hôpital, permettrait aux médecins de ville de participer plus efficacement au suivi des patients traités par thérapies ciblées.

"Ce qui est sûr, c'est qu'on partage de grands moments de solitude avec le patient ! En tant que médecins de ville, nous sommes, il faut bien le dire, très désarmés. Durant le parcours de santé du patient atteint de cancer, nous sommes présents au stade de la prévention, du dépistage, du diagnostic.

Après, pendant tout le temps thérapeutique, le patient nous échappe : il est suivi par l'expert, le spécialiste ! Il a peu besoin de nous, sauf pour le traitement de ses comorbidités.

J'ai vu apparaître les thérapies ciblées chez un de mes patients en 2010. J'avais l'impression que le spécialiste prenait la main sur le suivi de ce patient, il s'est occupé de tout : le traitement par Glivec®, puis Sprycel®... De mon côté, je voyais passer les choses avec un grand désarroi.

Formations ciblées

Puis un second patient a été concerné, en 2014. Quand j'ai reçu le compte rendu du spécialiste, je n'ai pas tout compris… C'était un compte rendu fait par un expert pour un expert. La première fois que j'ai entendu l'expression "facteurs de transcription" (facteur de mutation génétique), c'est mon patient qui me l'a expliquée. Or, il y a moyen de faire des comptes rendus très didactiques.

J'ai connu un spécialiste qui m'a appris l'urologie par ses comptes rendus ! Clairs, pédagogiques, utiles.

J'ai cherché des formations sur les thérapies ciblées, mais d'abord, elles n'existent pas vraiment. Ensuite, faire une formation pour deux patients en six ans, alors que je voyais défiler des propositions de formations en cardiologie.... Comme c'est une discipline qui évolue énormément, je me suis dit que si je voulais être efficace, je ferais mieux de faire une formation sur la fibrillation auriculaire et l'isolation des veines pulmonaires.

Structurer les bonnes volontés

Finalement, ce qui peut faire évoluer les choses, c'est la bonne volonté que chacun veut bien y mettre. J'imagine bien que l'hôpital peut aussi critiquer certains aspects de la médecine de ville, mais, en ville, il y a quelques médecins qui, sollicités par les patients, ont envie que les choses changent.

Moi, la médecine, ça me passionne ! Alors, commençons par changer des petites choses. Par exemple, plutôt que d'être obligés de déranger les oncologues pour des questions sur les traitements, pourquoi ne pas poster les réponses aux questions les plus fréquemment posées, notamment en ce qui concerne les effets secondaires, sur les sites des hôpitaux de proximité ?

Par ailleurs, je constate que les établissements forment des infirmières pour le suivi des patients. J'en suis ravie, je travaille beaucoup avec elles dans le cadre réseau ville-hôpital sur les soins palliatifs, mais j'ai aussi envie de dire aux spécialistes : utilisez-nous ! Essayez de structurer les bonnes volontés autour du patient par l’intermédiaire des réseaux de cancérologie territoriaux, qui sont efficaces en soins palliatifs. Et formez-nous !"

Propos recueillis par Sabine Dreyfus

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