Essais cliniques : ce qu’il faut savoir

Marisol Touraine, ministre de la Santé et des Affaires sociales, lors de la conférence de presse du 4 février suite à la remise du pré-rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur l'accident de Rennes.

La mort d'un volontaire sain et l'hospitalisation de cinq autres personnes, lors d'un essai thérapeutique à Rennes, posent la question de la réglementation de la recherche biomédicale en France. Quelle est-elle aujourd'hui ? Faut-il la faire évoluer ?

Les causes exactes de l'accident intervenu à la mi-janvier 2016, à Rennes, dans le cadre de l'essai clinique réalisé par le laboratoire Biotrial, restent, à ce jour, inconnues. Deux enquêtes administratives, ainsi qu'une enquête judiciaire sont en cours pour déterminer ce qui a provoqué la mort d'un volontaire sain et entraîné des troubles neurologiques chez quatre autres personnes, qui avaient participé à un essai visant à évaluer une nouvelle molécule pour le compte de Bial, un laboratoire pharmaceutique portugais.

S'il reste d'une exceptionnelle gravité et sans précédent en France (à Londres, en 2006, l'essai d'un médicament contre la leucémie avait conduit 6 volontaires en réanimation), cet accident pose un certain nombre de questions autour de la réglementation des essais cliniques.

A l'occasion d'une conférence de presse organisée le 4 février 2016, suite à la remise du pré-rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur l'accident, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a en effet estimé que si les conditions dans lesquelles l'essai de Rennes avait été mené étaient conformes à la réglementation actuelle, "on [pouvait] se demander si d'autres éléments complémentaires n'auraient pas dû être demandés ou fournis" et si des "évolutions de la réglementation ne seraient pas souhaitables".

Une réglementation très stricte

Pourtant cette réglementation, définie par la loi Huriet-Serusclat de 1998 (révisée en 2004), est d'ores-et-déjà très stricte en France. Avant qu'un essai clinique ne débute sur l'homme, il doit avoir obtenu un avis favorable du Comité de protection des personnes (CPP), qui s'assure que le projet respecte un certain nombre de critères médicaux, juridiques et éthiques. Le protocole de l'essai est également soumis à une autorisation de l'Agence nationale de sécurité du médicament des produits de santé (ANSM).

L'essai doit se dérouler dans un lieu autorisé, après inspection de l'agence régionale de santé (ARS). Il peut s'agir d'un centre d'investigation clinique (CIC) – on en compte une trentaine en France au sein des hôpitaux – ou bien d'un laboratoire privé.

Auparavant, des études précliniques sont conduites en laboratoire, sur des animaux et sur des cellules humaines, pour s'assurer que la molécule testée ne montre aucun risque de toxicité. "Nous prenons énormément de précautions en amont, avant l'administration d'une nouvelle molécule à des volontaires", explique la Pre Odile Launay, coordinatrice du CIC de l'Hôpital Cochin.

Trois phases

Un essai clinique se déroule généralement en trois phases. L'accident de Rennes s'est produit lors de la phase 1, la plus sensible puisqu'elle correspond à la première administration d'une nouvelle molécule à l'homme. Son objectif est de déterminer la tolérance du traitement et l'absence d'effets secondaires. Suivent ensuite la phase 2, qui permet d'évaluer l'efficacité du médicament et de déterminer la posologie, puis la phase 3, où l'efficacité du traitement est comparée à celle des traitements existants.

Sur les 821 essais cliniques autorisés par l'ANSM en 2014, 162 étaient des essais de phase 1. Ces essais ont la particularité de se dérouler sur des volontaires sains, contrairement aux phases 2 et 3, où les volontaires sont des malades.

Sécurité optimum

Comment sont recrutés les volontaires sains ? "En fonction de l'étude menée et du budget dont nous disposons, nous faisons appel à différents types de méthodes, explique la Pre Launay. Nous recontactons des personnes qui ont déjà participé à des études chez nous. Nous mettons des petites annonces validées par le CPP au sein de l'hôpital ou de l'Institut Pasteur. Le bouche à oreille fonctionne aussi très bien. Nous n'avons pas de difficultés à recruter des volontaires."

Depuis 2004, toute personne qui se soumet à un essai thérapeutique doit être rémunérée. Il s'agit d'une indemnisation, en compensation des contraintes (visites, prises de sang…) qu'impose le protocole. Elle est limitée à 4.500 euros par an et n'est pas imposable. Les frais médicaux du volontaire sont également entièrement pris en charge par le promoteur de l'essai.

Chaque volontaire doit être informé de tous aspects de l'essai – objectif, méthodologie, risques prévisibles – et doit pouvoir donner "son consentement éclairé". A chaque instant, au cours de l'essai, un volontaire peut décider de se rétracter, sans avoir à se justifier. "Les volontaires sont informés en toute transparence du protocole, souligne la Pre Launay. Toutes les garanties nécessaires sont mises en place pour leur assurer une sécurité optimum." La survenue d'un effet indésirable ou d'un possible danger doit aboutir à l'interruption immédiate de l'essai.

Pour la Pre Launay, "l'actuelle réglementation des essais thérapeutiques suffit largement à assurer la sécurité des volontaires". Elle rappelle que les accidents restent "extrêmement rares au regard du nombre d'études menées" et que les critères de sécurité ont été encore renforcés après l'accident de Londres en 2006.

"Evidemment le risque zéro n'existe pas, reconnaît-elle, mais les essais cliniques restent la seule solution pour évaluer l'innocuité et l'efficacité d'un médicament, il n'existe pas d'alternative. La recherche médicale est cruciale pour élaborer de nouveaux traitements, développer de nouveaux vaccins. Rajouter des contraintes n'est pas nécessaire et ne ferait que compliquer et retarder inutilement le travail des chercheurs."

Lors de sa conférence de presse, Marisol Touraine a d'ores-et-déjà formulé plusieurs recommandations pour renforcer la sécurité des volontaires sains. Elle demande à ce que l'hospitalisation d'un volontaire entraîne désormais la suspension immédiate d'un essai clinique. Les autres volontaires devront être "clairement informés" et l'étude ne reprendra qu'après l'obtention de "leur consentement éclairé et écrit". D'autres mesures devraient être annoncées lors de la remise du rapport définitif de l'Igas, attendu fin mars.

Essai clinique de Rennes : l'Igas pointe trois manquements majeurs du laboratoire Biotrial

Le 4 février 2016, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a tenu une conférence de presse à l'occasion de la remise du pré-rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur l'accident de Rennes. La ministre a indiqué que cette note d'étape ne permettait pas d'identifier les causes directes de l'accident. "Les conditions dans lesquelles l'essai a été autorisé ne contreviennent pas à la réglementation dans son état actuel" a-t-elle précisé, tout en évoquant plusieurs pistes d'amélioration possibles du cadre réglementaire.

En revanche, la ministre a relevé "trois manquements majeurs" de la part du laboratoire Biotrial dans "la conduite de l'étude et la gestion de la crise". Marisol Touraine reproche au laboratoire de ne pas s'être tenu suffisamment informé de l'état du volontaire hospitalisé et d'avoir procédé, le lendemain, à une nouvelle administration de la molécule chez les autres volontaires. Elle estime que Biotrial aurait dû informer les autres volontaires de l'événement, afin qu'ils puissent "confirmer de manière éclairée leur consentement à la poursuite de l'essai clinique".

Enfin, elle souligne que l'accident "aurait dû être déclaré sans délai à l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM)", alors qu'il n'a été signalé que quatre jours après l'hospitalisation du premier volontaire. La suspension de l'autorisation du laboratoire Biotrial à conduire des essais n'est toutefois pas envisagée à ce stade de l'enquête.

Sophie Lecerf

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