Quel regard portent les économistes sur l’économie sociale et solidaire ?

A l'occasion des Rencontres du Mont-Blanc, le forum international des dirigeants de l'économie sociale et solidaire (ESS), qui se tiendra du 9 au 11 novembre, le mensuel Alternatives économiques (n°329, novembre) publie plusieurs articles sur le sujet. "Cette initiative est née en 2004, à partir du constat que les structures de l'ESS, présentes partout dans le monde, étaient inaudibles dans les débats internationaux et trop peu prises en compte par les forces politiques et syndicales", explique, dans le mensuel (page 93), Thierry Jeantet, président des Rencontres du Mont-Blanc. "Le projet de loi défendu par le ministre de l'Economie sociale et solidaire, Benoît Hamon, (...) protège les valeurs de l'ESS et ouvre le secteur sans le diluer", ajoute-t-il (page 93)

Quel regard portent les économistes sur l'économie sociale et solidaire ? Alter­natives économiques (pages 76 et 77) a posé la question à plusieurs d'entre eux. Blanche Segrestin, professeure à l'Ecole des mines, estime que l'économie sociale renvoie à un ensemble d'organisations qui "visent dans le champ économique à traiter des enjeux sociaux et environnementaux ou à avoir des modes de fonctionnement solidaires ou égalitaires".

Même perception pour Jézabel Couppey-Soubeyran, maître de conférences à l'université Paris 1, qui décrit un secteur dont les "objectifs seraient orientés vers la satisfaction des besoins plutôt que la maximisation des profits".

De son côté, Dominique Plihon, professeur d'économie financière à l'université Paris 13, observe un secteur qui "cherche à appliquer, à défendre, des valeurs de solidarité et de partage, et aussi, une autre vision du développement et de la croissance".

Professeure à l'université de Lille 1, Florence Jany-Catrice souligne pour sa part que "les têtes de réseau de l'ESS jouent un rôle très net dans la coconstruction de nombreuses politiques publiques, et notamment les politiques sociales".

"D'autres économistes insistent sur les modes de gouvernance spécifiques de l'ESS", relève Alternatives économiques. Pour Gaël Giraud, directeur de recherches au CNRS, et membre du centre d'économie de la Sorbonne, l'enjeu est bien de "modifier le statut juridique des entreprises de manière à tenir compte de la responsabilité sociale".

Un consensus se dégage sur le potentiel de transformation sociale que porte ce secteur, constate Philippe Frémeaux dans Alter éco. Certains économistes s'intéressent ainsi à "la vision de l'économie plus coopérative et davantage liée aux territoires et au service des personnes". "Nous sommes confrontés aujourd'hui à une crise morale du capitalisme, observe Philippe Askenazy, directeur de recherche au CNRS et chercheur à l'Ecole d'économie de Paris. Cela ouvre une place pour qui peut porter une alternative à la logique du marché classique."

Reste à comprendre le relatif désintérêt des économistes classiques pour l'ESS. "Les économistes hétérodoxes (...) ont une approche souvent fondée sur des analyses extrêmement industrialistes, estime le spécialiste des services et des indicateurs de richesse, Jean Gaudrey. (...) Au final, seule une petite minorité d'économistes imprégnés d'une culture sociologique et historique, qu'on qualifie parfois pour cette raison de socio-économistes, se trouvent aujourd'hui vraiment intéressés par cette autre économie."

Urgences de l'Hôtel-Dieu : derniers jours avant fermeture
Les partisans du maintien des urgences de l'Hôtel-Dieu de Paris ont dénoncé hier le "double jeu" de la ministre de la Santé, qui s'était prononcée pour le report de la fermeture, attendue malgré tout début novembre, indique Le Parisien.

Le médecin urgentiste Gérarld Kierzek, lui a demandé hier de "clarifier sa position", lors d'une conférence de presse improvisée sous les fenêtres du ministère. "Ce qui se passe à l'Hôtel-Dieu, c'est totalement irresponsable, accuse l'urgentiste, dans L'Humanité (page 6). On est en train d'asphyxier les urgences partout : tous les jours, on atteint des taux de saturation de près de 200 % dans les services des autres établissements. Est-ce qu'on va attendre qu'il y ait un mort pour agir ?"

Marisol Touraine avait annoncé en juillet qu'elle souhaitait "décaler" la date de fermeture des urgences de cet hôpital parisien, prévue le 4 novembre, afin de ne "prendre aucun risque sur la prise en charge des urgences à Paris au début de l'hiver prochain". Actuelle­ment, plus de 40.000 patients transitent chaque année aux urgences de cet hôpital. La direction de l'AP-HP souhaite faire de l'Hôtel-Dieu un grand centre de recherche et d'enseignement, sans lits d'hospitalisation, qui abritera également le siège et le musée de l'AP-HP.

John Sutton