Médicament : la méfiance des Français

Depuis l'affaire du Mediator®, plus des trois-quarts des Français (77%) doutent de la "sécurité des traitements". C'est ce qui ressort d'un sondage TNS-Sofres publié par Ouest-France et réalisé pour la Mutualité Française. Le quotidien interview à cette occasion son président, Etienne Caniard, qui participe le 10 mai à la conférence-débat organisée par la Mutualité Française à Nantes sur le thème "Médicaments : ce qui doit changer !".

La Mutualité Française organise le 10 mai à Nantes, une conférence-débat sur le thème "Médicaments : ce qui doit changer !". A cette occasion, le quotidien régional Ouest-France (page 4), publie les résultats d’un sondage TNS-Sofres réalisé pour la Mutualité, dont il ressort que pour 77% de nos concitoyens, l’affaire du Mediator® "n’est pas exceptionnelle", mais qu’elle relève d’"une défaillance globale du système, qui met en doute la sécurité des traitements". Second constat alarmant : la défiance à l’égard des pouvoirs publics reste profondément ancrée dans l’opinion. Ainsi, 63% des personnes interrogées ne leur font pas confiance pour éviter des affaires similaires au Mediator®.

La principale inquiétude des Français concerne l’information sur les médicaments : 84% d’entre eux jugent que les patients ne sont pas suffisamment informés. Par ailleurs, la majorité d’entre eux estime nécessaire d’établir un bilan scientifique de chaque médicament, tous les cinq ans, mais aussi de mieux contrôler les promotions et les publicités des laboratoires pharmaceutiques.

Ces propositions rejoignent celles de la Mutualité Française. "L’opinion publique fait preuve d’un grand bon sens", estime son président, Etienne Caniard, longuement interviewé dans Ouest-France (page 4). Quel diagnostic porte la Mutualité sur la politique du médicament ?, interroge le journaliste Paul Burel. "D’abord, elle manque de clarté […] dans l’évaluation, la fixation des prix, la réglementation ou la distribution, déplore Etienne Caniard. Ensuite, il n’y a pas de priorité : tous les médicaments sont traités de la même façon, qu’ils soient innovants et efficaces ou d’effet placebo." Pour Etienne Caniard, "trop d’arbitrages sont rendus pour des motifs industriels et commerciaux, aux dépens de la sécurité des patients".

Le président de la Mutualité Française souhaite que l’autorisation de mise sur le marché (AMM), soit réservée aux médicaments dont l’efficacité est avérée par rapport à ceux déjà existants. Il propose aussi de "surveiller davantage les prescriptions". "Il n’y a pas que le Mediator®. Enormément de produits sont prescrits hors des indications originelles, pour d’autres usages, avec des risques majeurs", souligne-t-il.

Faut-il revoir la grille des taux de remboursement ? "Nous sommes totalement hostiles au taux de remboursement à 15 %. Il n’a aucun sens, ni sanitaire, ni économique", répond-il. Les médecins doivent-ils payer pour l’indemnisation du Mediator® ? Pour Etienne Caniard, "les poursuites devraient rester exceptionnelles", sauf "dans le cas manifeste d’abus, qui ont pu mettre en danger la santé des patients".

La conférence de Nantes permettra d’alimenter la réflexion de la Mutualité sur la santé. Une autre manifestation aura lieu le 24 mai, à Lyon, sur le thème de la dépendance, annonce Le Progrès (page 11). Les propositions de la Mutualité seront rendues publiques les 6 et 7 octobre, lors des journées de rentrées qui se tiendront à Tours, rappelle Etienne Caniard dans Ouest-France.

John Sutton