L’accès aux soins pour tous : l’engagement des mutuelles pour leur 40e congrès

"L'accès aux soins : quel rôle pour la Mutualité ? Quel rôle pour les mutuelles ?". C'est le titre du rapport pour le 40e congrès de la Mutualité Française qui s'est tenu à Nice du 18 au 20 octobre. Le mouvement mutualiste veut, à cette occasion, réaffirmer l'importance d'un système de protection sociale solidaire et promouvoir son modèle et ses valeurs, comme une alternative possible à la crise.

"La logique solidaire de notre système de santé et sa pérennité sont compromises", alerte Etienne Caniard en préface du rapport au 40e congrès de la Mutualité Française qui s'est tenu du 18 au 20 octobre à Nice. Intitulé "L'accès aux soins : quel rôle pour la Mutualité ? Quel rôle pour les mutuelles ?", ce document interpelle militants mutualistes et grand public sur les questions de l'avenir de la protection sociale dans un contexte de crise sans précédent.

"Notre système de santé n'offre plus une garantie suffisante pour permettre à tous de bénéficier de soins de qualité", prévient le président de la Mutualité Française dans ce document. Pour le mouvement mutualiste, le congrès de Nice doit permettre de "promouvoir des idées nouvelles, d'autres solutions, pour un système de santé plus juste, plus efficace et pérenne". Plus que jamais, la Mutualité Française veut réaffirmer l'importance d'un système de protection sociale et du modèle mutualiste.

La spirale de l'endettement pèse sur les assurés sociaux
Depuis 1989, la branche maladie du régime général de la Sécurité sociale a été constamment déficitaire. " En 20 ans, jusqu'en 2008, elle a accumulé 84,4 milliards d'euros de déficit." Et de 2009 à 2011, ce sont "30,8 milliards d'euros de déficit supplémentaires" qui se sont ajoutés, précise le rapport au congrès.

Au total, "la dette de la Sécurité sociale s'élevait fin 2011 à 199,9 milliards d'euros". Car, année après année, le choix a été fait de recourir à l'endettement. "Les assurés sociaux, les mutualistes et les mutuelles, transformés en collecteurs d'impôts, en ont trop souvent été les victimes."

De plus en plus de malades renoncent à se faire soigner
Les dépassements d'honoraires des médecins mettent également en cause le caractère solidaire du système d'assurance maladie. Leur montant "atteint 2,5 milliards d'euros en 2010", souligne le rapport.

Pour l'optique, le patient n'est plus remboursé par l'assurance maladie obligatoire qu'à hauteur de 4% de ses dépenses, 18% pour les prothèses dentaires. Pas moins de 20% des assurés sociaux ont un reste à charge compris en 500 et 1.000 euros par an, 5% entre 1.000 et 1.500 euros, et 5% de plus de 1.500 euros.

A ces difficultés financières, s'ajoutent des inégalités géographiques d'accès aux soins. Certaines régions se transforment en véritables déserts médicaux. Pour toutes ces raisons, les renoncements aux soins ne cessent d'augmenter. Selon l'Institut de recherche et de documentation en économie de la santé (Irdes), "en 2008, 15,4% de la population adulte déclare avoir renoncé à des soins médicaux", faute de moyens. Cette proportion atteint 34% chez les étudiants, montre une enquête de La Mutuelle des étudiants (LMDE).

Le modèle mutualiste contre les inégalités sociales
Face à ce constat, la Mutualité Française considère qu'il est urgent "de changer de cap". Elle fait de nombreuses propositions dans son rapport pour réformer le système de santé. Acteur solidaire de sa régulation, le mouvement mutualiste veut aller plus loin, en s'engageant sur divers chantiers : financement de la Sécurité sociale, réduction du reste à charge des assurés sociaux, maîtrise des dépassements d'honoraires des médecins, etc.

Le modèle capitalistique a dû recourir à la puissance publique pour affronter la crise financière. Pendant ce temps, le modèle mutualiste, inscrit au cœur de l'économie sociale et solidaire, a réaffirmé sa pérennité et ses valeurs : non-lucrativité, démocratie, solidarité. Quelle place jouera-t-il demain ? Comment les mutuelles contribueront-elles à la réduction des inégalités sociales ? C'est à ces questions qu'ont répondu les 3.000 militants mutualistes lors du congrès de Nice.

Ghislaine Trabacchi