Economie sociale et solidaire : un potentiel de 114.000 embauches annuelles pour les jeunes

114 .000 : tel serait, à législation inchangée, le "potentiel maximum d’embauches annuelles" sur des postes pérennes pour les moins de 25 ans pas ou peu qualifiés dans les structures de l’économie sociale et solidaire (ESS), comme le montre une étude présentée le 29 janvier. Le gouvernement considère ce secteur comme l’un des "moteurs" de son combat contre le chômage.

Projet de loi en préparation, emplois d’avenir, contrats de génération, ou encore récent avis du Conseil économique, social et environnemental : les entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS) font actuellement l’objet d’une attention renouvelée de la part des pouvoirs publics.

Preuve de cet d’intérêt, une matinée consacrée aux "métiers et emploi d’avenir dans l’économie sociale et solidaire" organisée à Bercy le 29 janvier par le ministre délégué à l’ESS, Benoît Hamon, a permis de présenter aux acteurs du secteur la politique de l’emploi mise en place par le gouvernement en direction des jeunes.

Le gouvernement fait le "pari" que l’ESS peut être l’un des "moteurs du retour de la confiance dans le pays grâce aux emplois d’avenir et aux autres emplois", a déclaré Benoît Hamon. On dénombre désormais 4.000 créations mensuelles d’emplois d’avenir dans le secteur, soit la moitié des postes créés grâce à ce dispositif, mis en place fin octobre 2012, auquel peuvent également prétendre les collectivités locales.

"L’objectif est de maintenir le nombre de créations d’emplois d’avenir dans l’ESS à 4.000 ou 5.000 mensuelles d’ici la fin de l’année, afin d’atteindre alors un total de 100.000 recrutements, toutes structures confondues [dans l’ESS et les collectivités, NDLR]", a indiqué Benoît Hamon.

Plus de 600.000 départs en retraite d’ici 2020

Mais quels sont les besoins en main-d’œuvre des entreprises de l’ESS ? La question est cruciale, eu égard au nombre colossal de départs en retraite auquel va être confronté le secteur dans les prochaines années. "Les équipes salariées de l’économie sociale et solidaire sont en moyenne nettement plus âgées que celles du secteur privé hors ESS. Avec plus de 608.000 salariés de 50 ans et plus au 31 décembre 2008, c’est un quart des salariés de l’ESS qui devrait prendre sa retraite d’ici 2020", indique l’Observatoire national de l’ESS dans une étude récemment publiée. Le sujet est particulièrement épineux pour les mutuelles et les fondations, dont plus de 28 % des effectifs ont plus de 50 ans, précise l’Observatoire.

Dans ce contexte, le ministère, qui souhaite "disposer d’éléments précis de connaissance des caractéristiques des emplois du secteur et des évolutions attendues, afin de mettre en œuvre des politiques de soutien ciblées sur les emplois pérennes et de qualité", a sollicité le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc).

Ce dernier estime à quelque 114.000 le "potentiel maximum d’embauches annuelles" sur des postes pérennes pour les jeunes de moins de 25 ans pas ou peu qualifiés (sans diplôme, titulaires du brevet des collèges, d’un CAP ou d’un BEP) dans les structures de l’ESS. En 2010, ces structures employaient 56.000 jeunes pas ou peu qualifiés, précise l’étude. "Cependant, on peut imaginer que la loi modifie les comportements, par exemple en augmentant la proportion de salariés peu qualifiés pour certains métiers. Ce potentiel maximum pourrait alors être revu à la hausse", indique le Credoc.

"Il faut engager une réflexion sur l’attractivité des métiers de l’ESS", a estimé Jean-Baptiste Plarier, président d’Unifaf, appelant aussi à aborder "la question de la deuxième période de carrière". "La promotion du secteur sera l’un des enjeux majeurs des prochaines années", a, pour sa part, déclaré Alain Cordesse, président de l’Union de syndicats et groupements d’employeurs représentatifs dans l’économie sociale (Usgeres).

"L’incertitude économique qui caractérise le secteur rend difficile, voire impossible, pour les structures concernées de se projeter et d’”investir“ dans l’avenir sur le plan économique et humain : l’absence quasi-systématique de stratégies de développement et de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) en sont des signes caractéristiques qui sont fréquemment ressortis dans le discours des responsables de structures interrogées", relève le Credoc. Le futur projet de loi sur l’ESS comprendra-t-il des mesures permettant de lever ces hypothèques ?

Anne Baudeneau

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