Débats d’économistes sur le tiers payant généralisé

Pour ou contre la généralisation du tiers payant ? Le Figaro-économie (page 20) a demandé leur point de vue à deux économistes de la santé. Claude Le Pen, membre du groupe santé à l'institut Montaigne, estime que "le tiers payant généralisé, c'est beaucoup d'énergie dépensée pour pas grand-chose". De son côté, Brigitte Dormont, titulaire de la chaire santé à l'université Paris Dauphine, considère que "le tiers payant fera prendre conscience au professionnel de santé qu'il est payé par la collectivité et qu'il a des responsabilités par rapport aux objectifs du système de santé".

Claude Le Pen veut s'attaquer à deux "mythes" : "Le premier est que cette mesure rendra la médecine gratuite. C'est faux. Deuxièmement, le tiers payant est censé permettre à des patients à ne plus renoncer aux soins pour des raisons financières. Mais cinq millions de Français modestes en bénéficient déjà grâce à la CMU." Est-ce un coup politique ? l'interroge Le Figaro. "C'est une mesure identitaire pour la gauche, sur le plan symbolique, répond Claude Le Pen. (…) Sans compter que le tiers payant et la loi desanté ne s'attaquent pas aux vrais problèmes."

Quels sont ces problèmes ? "Les dépassements d'honoraires, le fait que les médecins sont bien mal payés par rapport à leurs confrères étrangers, l'hôpital surdimensionné, énumère Claude Le Pen. Sans parler des inégalités liées non pas au coût des soins pour le patient, mais au fait que celui-ci connaisse ou non la bonne adresse pour se faire soigner."

Est-ce la mort de la médecine libérale, demande Le Figaro-économie à Brigitte Dormont. "Le tiers payant n'est pas incompatible avec l'exercice de la médecine, comme une profession libérale, répond-elle. En Allemagne et aux Pays-Bas, où le tiers payant est installé, les médecins de ville sont libéraux dans leur grande majorité. En revanche, c'est la fin d'une certaine médecine libérale à la française, définie par la charte de 1928, qui donne tous les droits au médecin."

Le tiers payant généralisé donne-t-il tout pouvoir à la Sécu ? "Ce n'est heureusement pas à l'ordre du jour. Il est fondamental que les praticiens conservent leur indépendance médicale et professionnelle, dans l'intérêt du patient. Par ailleurs, il faut promouvoir une diversification des modes d'exercice de la médecine, conforme aux préférences diverses des praticiens : en solitaire, en groupe, en salariat ou en libéral", estime Brigitte Dormont.

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Une très large majorité de salariés (80%) estime qu'il est du rôle de l'employeur de contribuer à la bonne santé de son personnel : c'est l'un des résultats d'une étude Viavoice, réalisée pour Harmonie mutuelle, comme le rapportent Le Figaro (édition du 4 mai, page 25) et France Info. "Il ressort de l'enquête que les responsables des entreprises ont une approche globale de son fonctionnement et ne se focalisent pas sur la seule gestion financière, explique François Miquet-Marty, co-auteur de cette étude. Pour les dirigeants, on ne peut pas opposer la vie financière de la société, d'un côté et, de l'autre, les salariés et leur santé."

L'enquête d'Harmonie mutuelle révèle que, pour la grande majorité des salariés, les mesures destinées à préserver leur santé sont excellentes pour le climat de confiance (78%), mais aussi l'ambiance de travail (71%) dans l'entreprise. Toutefois, des divergences d'appréciation apparaissent entre salariés et employeurs. Ainsi, 54% des patrons considèrent que leurs collaborateurs sont "en très bonne santé", tandis que ces derniers ne sont que 29% à le penser.

Dirigeants et salariés s'accordent toutefois sur la nécessité de lutter contre le stress. Ces derniers souhaitent que le management soit plus à l'écoute des enjeux de santé (25% des salariés des grandes entreprises).

Par ailleurs, 17% des salariés interrogés réclament le réaménagement des espaces de travail, tandis que les dirigeants sont plus sensibles à l'hygiène et à la santé en général. Enfin, 72% des salariés estiment que l'Ani, qui généralisera la complémentaire santé, est une avancée. Seuls 16% d'entre eux y voient une charge financière supplémentaire.

John Sutton

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