CMU : le médecin traitant est votre allié contre les refus de soins

Deux médecins spécialistes sur cinq refusent de recevoir les bénéficiaires de la couverture maladie universelle (CMU). Ce comportement inacceptable est aussi observé chez les dentistes. Pour éviter de tels refus de soins, les patients ont tout intérêt à passer par leur médecin traitant. C’est lui qui se chargera, en cas de besoin, de les adresser à un spécialiste.

"Vous êtes à la CMU ?" Cette question, les chômeurs en fin de droits, les jeunes sans activité ou les RMistes ont de quoi la redouter. Elle leur ferme souvent la porte des cabinets médicaux ! En théorie, la couverture maladie universelle (CMU) permet aux personnes à faibles revenus d’aller chez le médecin sans rien débourser. Mais, dans la pratique, ce n’est pas aussi simple : 14 % des professionnels de santé refusent de recevoir en rendez-vous un bénéficiaire de la CMU. Très souvent, ils prétextent que leur emploi du temps est trop chargé !

Chez les médecins spécialistes et les dentistes, ce comportement est monnaie courante. Selon une étude du Fonds de financement de la CMU, deux praticiens sur cinq refusent les personnes à la CMU. Ce taux atteint même 50 % chez les spécialistes de secteur 2, qui n’ont pas le droit de leur facturer des dépassements d’honoraires. En revanche, presque tous les médecins généralistes (95 %) ne font pas de différence entre leurs patients.

Respect des tarifs du secteur 1
"La grande majorité des généralistes accepte les bénéficiaires de la CMU, confirme Serge Gilberg, médecin généraliste et professeur à la faculté de médecine Paris V. C’est pourquoi je conseille à ces personnes, comme à l’ensemble des patients d’ailleurs, de s’inscrire dans le parcours de soins coordonnés et de choisir un médecin traitant. Il ne faut pas oublier que le médecin généraliste peut régler 80 % des problèmes, sans que le patient passe par un spécialiste !"

En cas de besoin, le médecin traitant sera à même d’adresser le malade à un spécialiste. "Nous devons l’orienter en fonction de ses problèmes mais aussi de ses contraintes économiques, continue Serge Gilberg. Cela fait partie des missions d’un généraliste. Lorsque j’adresse un bénéficiaire de la CMU à un confrère de secteur 2, je lui demande explicitement de respecter les tarifs. Il m’arrive souvent de décrocher mon téléphone pour prendre le rendez-vous à la place de mon patient."

Si vous êtes bénéficiaire de la CMU, n’hésitez donc pas à demander à votre médecin traitant d’appeler lui-même le spécialiste que vous devez consulter. Il pourra aussi vous aider à trouver un dentiste, un gynécologue ou encore un ophtalmologue qui acceptent la CMU. Autre conseil : essayez de privilégier les médecins installés en secteur 1. Ces derniers respectent les tarifs de la Sécu et ne facturent pas de dépassements d’honoraires.

Droits et devoirs du patient
Les bénéficiaires de la CMU sont aujourd’hui 63 % seulement à avoir déclaré un médecin traitant, contre 78 % pour l’ensemble des Français. Pour Serge Gilberg, la déclaration d’un médecin traitant implique de se conformer aux règles du parcours de soins coordonnés. "Les bénéficiaires de la CMU, qui sont dispensés de l’avance de frais, doivent veiller à avoir leur carte Vitale à jour. Il est également préférable de venir avec son attestation de CMU et d’être à l’heure aux rendez-vous ! Le respect est valable dans les deux sens !"