41% des jeunes des banlieues défavorisées renoncent aux soins

Plus de 84% des jeunes de 18 à 25 ans se déclarent en bonne santé, selon les enquêtes de l'Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes). Mais à Saint-Denis, dans la banlieue nord de Paris, la Dre Anne-Louise Avronsart fait le constat inverse : "Beaucoup d'entre eux n'ont pas vu de médecin depuis la petite enfance et ne se rendent pas compte de leurs pathologies."

De plus en plus de jeunes des banlieues défavorisées renoncent à se soigner, explique Le Monde (page 11), dans son édition de dimanche-lundi. Ils sont 41% à indiquer renoncer aux soins : 25% parce que "ce n'est pas assez grave", 20% à cause des difficultés à obtenir un rendez-vous et 15% par manque de moyens financiers, selon une enquête de la Mission régionale d'information sur l'exclusion auprès des jeunes des zones urbaines sensibles (Zus) de Roanne (Loire) et de Romans-Bourg-de-Péage (Drôme).

L'obésité et la santé dentaire sont les deux indicateurs qui montrent le plus de disparités entre les jeunes des cités et ceux des autres quartiers. Ils ont du mal à franchir le seuil d'un cabinet médical. Leurs parents ne les y emmènent que lorsqu'ils sont vraiment malades. Sans suivi médical régulier, les problèmes de croissance ou les scolioses sont rarement détectés, et les vaccins ne sont pas à jour.

"Trouver des portes d'entrée sur les lieux qu'ils fréquentent, c'est essentiel pour les atteindre", souligne, dans Le Monde, la Dre Avronsart. Ce qu'elle constate en soignant ces ados au centre médico-sportif ou lors de ses consultations au centre de santé, l'inquiète. "A cause de la sédentarité, et de mauvaises habitudes alimentaires, on voit l'obésité augmenter partout à Saint-Denis", observe-t-elle. Lamine Camara, qui dirige l'association Sport et santé, fait la même observation : "Il n'est pas rare de trouver dans une classe de lycée professionnel dix élèves en surpoids. On sait que ces mômes vont avoir des problèmes de santé d'ici quelques années…" L'augmen­tation de la consommation de haschisch et de boissons énergisantes chez les jeunes sportifs, préoccupent également les médecins.

Il existe beaucoup de dispositifs de santé pour la jeunesse, mais bien peu sont destinés aux jeunes des cités, et rares sont les lieux de santé pensés pour eux. C'est pourquoi les initiatives (espaces santé et adultes-relais spécialisés) mises en place par les villes de Saint-Denis (93) ou de Valence (Drôme) constituent des exemples à suivre, explique Le Monde.

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"Le Sénat va détricoter le budget de la Sécu", titre Le Figaro-économie (page 25), qui note que "les sénateurs veulent (…) relancer la chasse au gaspillage à l'assurance maladie, en proposant un milliard d'économies supplémentaires". "Entre 25 et 30% des actes médicaux sont redondants ou inutiles, ce qui représente un volume d'environ 30 milliards d'euros jetés par les fenêtres, médecine de ville et hôpital confondus. Il existe donc un gisement d'économies", pointe le rapporteur du projet de loi de budget, le centriste Jean-Marie Vanlerenberghe.

Les sénateurs de la droite et du centre vont déposer un amendement visant à informatiser les échanges entre le médecin traitant et l'hôpital. Plutôt que le traditionnel courrier de liaison, ils proposent l'utilisation d'une "clé USB sécurisée" confiée au patient, ou la création d'un "dossier médical biologique", qui permettrait, selon eux, de réaliser une économie de 350 millions d'euros. Les sénateurs sont-ils en train de réinventer le dossier médical personnel (DMP) que le gouvernement souhaite relancer dans sa loi santé ?

D'autre part, pour réduire le nombre d'admissions inutiles dans les services d'urgence des hôpitaux, les sénateurs de droite proposent de développer les maisons médicales assurant les gardes, à proximité des établissements de soins. Par ailleurs, la commission des Affaires sociales du Sénat souhaite aussi supprimer la modulation des allocations familiales en fonction des revenus. Quid des 700 millions d'euros d'économies générées par cette mesure ? "Les coupes dans la santé compenseraient largement le manque à gagner", assure Le Figaro.

John Sutton

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