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Le syndrome métabolique, vraie ou fausse maladie ?

Publié le 04/09/2007, Dernière mise à jour le 20/01/2010

Pas de définition consensuelle, pas de traitement, un concept un peu flou : le syndrome métabolique regroupe plusieurs facteurs de risque cardio-vasculaire. Si son diagnostic ne semble pas indispensable pour traiter les malades, il pourrait s’avérer un excellent outil marketing pour les laboratoires pharmaceutiques.

"Depuis quelques années, j’ai du ventre, raconte Michelle, 54 ans. J’ai essayé de réduire les crudités, de manger moins gras, mais je n’arrive pas à me défaire d’une bouée que j’ai autour de la taille. D’après mon médecin, ce problème est dû à un excès de graisse qui s’est accumulé dans la région abdominale. Il m’a parlé de syndrome métabolique. J’ai dû faire des analyses pour savoir si je n’avais pas un risque de maladie cardio-vasculaire. Je ne pensais pas que perdre la ligne pouvait être dangereux !"

Mesurer son tour de taille est à la mode, car un embonpoint localisé serait le premier signe du syndrome métabolique. Ce concept repose sur la présence de plusieurs dysfonctionnements du métabolisme qui augmentent le risque de déclencher une maladie cardio-vasculaire : une obésité abdominale, un diabète de type 2 ou une intolérance au glucose, une élévation anormale du taux de triglycérides associé à une baisse du bon cholestérol, une pression artérielle élevée.

"En France, on considère qu’une personne souffre d’un syndrome métabolique lorsqu’elle présente au moins trois de ces facteurs de risques principaux, indique la Dre Vanina Bongard, médecin épidémiologiste spécialiste des maladies cardio-vasculaires à l’Inserm. L’excès de tour de taille, symptôme visible, est souvent celui qui donne l’alerte au médecin traitant."

Mais ce concept est loin de faire l’unanimité, comme le souligne un article paru en juin 2006 dans la revue médicale indépendante Prescrire : "L’expression syndrome métabolique, qui existe depuis les années 1970, fait couler beaucoup d’encre actuellement. Ses contours sont flous. Sa définition n’est pas uniforme, et de multiples grilles de diagnostic ne comportant pas les mêmes items ont été proposées."

Pas moins de six sociétés savantes, ainsi que l’Organisation mondiale de la santé (OMS), proposent des critères diagnostiques différents. Un exemple : la mesure du tour de taille. Alors que l’OMS situe le seuil d’alerte à partir de 90 cm pour les hommes et 85 cm pour les femmes, l’American Heart Association met la barre au dessus de 102 cm pour les hommes et 88 cm pour les femmes.

Un concept "un peu fumeux"
Pour le Dr Alain Eddi, professeur de médecine générale à l’hôpital universitaire de Bichat-Claude Bernard, à Paris, et médecin de quartier dans le XVIIe arrondissement de la capitale, "le syndrome métabolique est un concept un peu fumeux qui repose sur une association d’idées mais ne désigne pas une pathologie en tant que telle. En pratique, cela ne change rien aux soins : les facteurs de risques cardiovasculaires qu’il regroupe sont identifiés et traités isolément par le médecin. Et il n’existe pas de médicament contre le syndrome métabolique !"

Ce moyen de cerner les risques cardiovasculaires afin de les prévenir et de les traiter a aussi ses limites. "Il ne prend pas en compte le tabac, ou les antécédents familiaux, qui sont eux aussi déterminants, ajoute le Dr Eddi. Ce n’est donc pas un outil diagnostique et thérapeutique valable."

En outre, indique la revue Prescrire, il n’aurait pas de réelle valeur pronostique : "Plusieurs études épidémiologiques ont montré que les adultes ayant un syndrome métabolique selon les définitions OMS ont un risque de maladie cardio-vasculaire majoré de 30 à 400 % par rapport au reste de la population adulte. Cette très large fourchette s’explique par la variabilité de la définition du syndrome, des populations étudiées, de la durée du suivi, etc."

Cela étant, les études ont aussi montré que plus les facteurs de risques étaient nombreux, plus le risque de maladie cardio-vasculaire était élevé… mais que le syndrome métabolique existe ou pas ne change rien à cela !

Quant à espérer une réponse médicamenteuse unique, la revue Prescrire est claire : "On ne connaît pas de prise en charge ni de médicament spécifique du syndrome métabolique, dont la mise en œuvre ferait mieux que la prise en charge de chaque composante du syndrome, en termes de mortalité ou d’accidents cardiovasculaires."

Nathalie Chahine

Un bon coup de pub

Le concept de syndrome métabolique est devenu très opportunément à la mode au moment où deux laboratoires mettaient sur le marché deux traitements de l’obésité, l’orlistat (Xenical®) et le rimonabant (Acomplia®), rappelle la revue Prescrire. Le diagnostic peut aussi être à l’origine de la prescription de la sibutramine (Sibutral®).

"Cette coïncidence incite donc les praticiens à une certaine circonspection, souligne le Dr Alain Eddi, médecin généraliste. Ces molécules permettent une diminution du poids d’environ 3 à 4 kilos par an par rapport aux seuls conseils diététiques. Mais les spécialistes jugent ces traitements décevants. Leur efficacité disparaît après 9 mois de traitement et le poids perdu est alors repris. De plus, les effets secondaires nombreux : hypertension, troubles digestifs ou neuropsychiques selon la molécule."

L’obésité est l’une des principales causes du diabète 2, de l’hypercholestérolémie et des troubles cardio-vasculaires qui peuvent en découler.

N. C.

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