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Publié le 17/11/2010, Dernière mise à jour le 17/11/2010

Moins connus que le tabagisme et les déséquilibres alimentaires, les virus peuvent, eux aussi, être la cause de cancers. C'est par exemple le cas des virus des hépatites B et C, à l'origine de cancers du foie. Ce thème a été abordé le 9 novembre à Paris, lors du 7e forum scientifique de l’Unesco sur les avancées de la recherche, organisé avec l’hebdomadaire Paris-Match et le soutien de la Mutualité Française.
Le cancer peut-il être d'origine virale ? "Dans certains cas, oui", répond le Pr Antoine Gessain, spécialiste de cette thématique à l’Institut Pasteur, à Paris. "Nous savons aujourd’hui que certains cancers sont directement liés à des virus spécifiques." Le nombre de cas de cancers induits par des virus varie, selon les régions du monde, "de 7% dans les Etats occidentaux à près de 25% dans les pays en développement, où ces agents sont présents en quantités plus importantes". Les scientifiques s’accordent autour d’un taux mondial de 15%, soit un cancer sur six.
Le Pr Gessain participait au 7e forum scientifique de l’Unesco sur les avancées de la recherche, qui s’est tenu le 9 novembre dernier à Paris. Cette manifestation a reçu le soutien de la Mutualité Française, du laboratoire Roche et de l’hebdomadaire Paris-Match. Son objectif : présenter les fondements scientifiques de la prévention des cancers et de leur rechute. Pour ce faire, il a d’abord fallu redéfinir les facteurs de risque : les virus responsables de cancer, encore appelés "oncovirus", arrivent derrière le tabagisme (30%), les causes hormonales (30%) et une mauvaise hygiène alimentaire (20%).
Sept oncovirus identifiés
"On considère qu’il existe une dizaine d’agents infectieux responsables de l’apparition d’un cancer", indique le Pr Antoine Gessain. Il mentionne notamment les virus des hépatites B et C, à l’origine de cancers du foie, et les papillomavirus, qui induisent des cancers du col de l’utérus. On peut s’en prémunir grâce à la vaccination. Le Pr Gessain cite des études chinoises et taïwanaises démontrant qu’après une campagne de vaccination contre l’hépatite B, "on a observé une nette diminution de l’incidence d’hépatocarcinomes, alors que ces cancers du foie étaient nombreux dans ces régions".
Des recherches sont menées sur d’autres agents susceptibles de provoquer le cancer, pour lesquels il n’existe pas encore de vaccin. Le virus d’Epstein-Barr, très répandu, est associé à des cancers des ganglions et de l’arrière-gorge. Plus rare, le HTLV-1, qui sévit aux Antilles françaises et en Guyane, peut provoquer une forme grave de leucémie à l’âge adulte. Un des virus de l'herpès, le HHV-8, est à l’origine de certains lymphomes et de sarcomes de Kaposi. Enfin, la bactérie Helicobacter Pylori, qui cible l’estomac, peut provoquer des cancers digestifs.
Plusieurs années de latence
Les oncovirus peuvent modifier l’ADN des chromosomes des cellules qu’ils agressent, soit directement, lors de leur prolifération, soit indirectement, au moment où ces cellules se régénèrent après l’infection. Ce processus s’opère en plusieurs étapes. C’est pourquoi "les recherches sur les cancers viro-induits sont complexes à mener, car il peut s’écouler plusieurs dizaines d’années avant que les cellules lésées par ces agents ne deviennent cancéreuses".
Pour mieux comprendre l’évolution d’une cellule saine vers un état cancéreux, le Pr David Khayat, chef du service d’oncologie de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, en décrit le mécanisme : "Chaque cellule contient des gènes qui en gèrent la multiplication, pour assurer le renouvellement cellulaire du corps. Si des mutations les touchent, ils peuvent se multiplier sans contrôle, en intégrant ces transformations. Des gènes réparateurs sont appelés à la rescousse mais, à partir d’un certain moment, ils sont dépassés par les anomalies."
Toutefois, "ce n’est pas parce qu’on est infecté par un oncovirus qu’on aura forcément un cancer", rassure le Pr Gessain, en rappelant que leur incidence est rare. "Pour le HTLV-1 par exemple, 1 à 3% des personnes infectées développeront une leucémie-T de l’adulte durant leur vie."
Alexandra Capuano
| Lexique |
| Lymphome : cancer du système lymphatique (moelle osseuse, rate, ganglions lymphatiques, vaisseaux sanguins) Leucémie : cancer des cellules sanguines de la moelle osseuse Sarcome de Kaposi : cancer de la peau qui peut aussi s'attaquer aux organes internes ou aux muqueuses. |
Le cancer n'est pas une maladie unique. Ce terme regroupe un ensemble de pathologies qui ont un point commun : la multiplication anarchique de certaines cellules normales de l’organisme. Ces cellules peuvent former une tumeur maligne, encore appelée néoplasme ou néoplasie, ou se propager à travers le corps pour former des métastases. Le Pr Thomas Tursz, cancérologue et directeur de l'Institut Gustave Roussy à Villejuif, compare ce phénomène "à une voiture devenue folle" dans un ouvrage intitulé "La révolution médicale". Cette prolifération tous azimuts des cellules bloque "l'accélérateur, pied au plancher", écrit-il, tandis que le mécanisme d'arrêt de la division cellulaire, "c'est-à-dire le frein" lâche.
Actuellement, les scientifiques classent les cancers en fonction de l'organe touché et de l'analyse microscopique de la tumeur. Prenons l'exemple du cancer du sein. Parfois, il permettra de vivre vingt ou trente ans ou, à l'inverse, sera foudroyant. "Il ne s'agit probablement pas des mêmes maladies mais, au microscope, on ne sait pas les reconnaître et l'on continue donc de les regrouper sous l'appellation cancer du sein", explique le Pr Tursz. C'est pour ces raisons qu'il n'existe pas actuellement un traitement unique du cancer.
La révolution médicale, Jean-Pierre Davant, Thomas Tursz, Guy Vallancien, Le Seuil, 212 p, 17 euros.
Ghislaine Trabacchi
On sait aujourd’hui que la plupart des cancers du col de l’utérus, représentant 5% des cancers dans le monde, sont induits par des papillomavirus (HPV). A ce titre, le vaccin anti-HPV n’est pas seulement antiviral mais aussi anticancéreux : "C’est la première fois qu’on peut s’immuniser contre un virus cancérigène", souligne le Pr Dominique Maraninchi, directeur de l’Institut national du cancer (Inca). "A l’avenir, ce type de cancer pourrait être éradiqué."
Concrètement, "il faut se faire vacciner entre 14 et 23 ans, avant d’entamer sa vie sexuelle ou, au plus tard, un an après sa première expérience", rappelle le Pr Maraninchi en annonçant que "tous les dispensaires de France proposeront bientôt et gratuitement cette vaccination". Il se félicite du taux de couverture actuel, jusqu’à 53% chez les filles de 16 ans. Pour autant, ce vaccin, qui ne protège que contre les quatre formes virales les plus répandues (HPV 6, 11, 16 et 18), "ne dispense pas de faire des dépistages par frottis tous les deux ans".
Alexandra Capuano
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